Carnets sur sol

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Rétrospective rituelle in memoriam Pierre Boulez


Ça y est, on peine à le croire, Boulez n'est plus de la musique contemporaine.

Alors que je le tiens pour un compositeur plaisant mais relativement secondaire, dont je chéris une poignée d'œuvres et estime sans hystérie le reste du catalogue, je m'aperçois que j'ai beaucoup parlé de Boulez sur CSS. Souvent par incise, à propos de Wagner, Debussy ou Webern, quasiment des pages d'éphéméride, ou en m'émerveillant de son répertoire alimentaire inattendu (ses Haydn glaciaux avec le BBCSO sont loin d'être empesés, au contraire, tout le contraire de sa Water Music pas du tout baroqueuse), en obéissant à la tentation du sarcasme ou en criant mon admiration pour un résultat inespéré (concerto de Beethoven !).
Pourtant, ce n'est pas le chef qui m'intéresse d'abord, sans doute parce qu'on peut toujours remplacer les meilleurs interprètes, quel que soit leur don, plus difficilement une parole singulière, qui nous dit quelque chose de nouveau, que ce soit par les marges ou dans le grand Livre de l'histoire de la musique. Malgré leur poids écrasant dans l'histoire mémoriale de l'interprétation enregistrée, je pourrais dire de même de Hausegger, Fried, Weingartner, Andreae, Doráti ou Klemperer (non, pas Furtwängler), avant tout compositeurs dans le sens où la perte serait plus éclatante s'ils manquaient au répertoire plutôt qu'à la discographie.

Et, de fait, c'est avant tout le compositeur qu'on croisera sur Carnets sur sol : un questionnement autour de la façon dont sa musique nous touche, sans doute tellement différente de celle projetée par lui, la présentation de sa musique de scène pour Eschyle chez Renaud-Barrault, fruit de ses jeunes années de compromission originelle (au sortir des Folies Bergère !), des impressions de concert qui marquent une bascule dans mon appréciation (plus intense, je crois, mais aussi plus sélective) du compositeur, sa place dans la propagation du sérialisme et l'établissement d'un nouveau courant, multiple mais implacablement dominant (bien que la notule évoque davantage les aspects politiques et culturels que les techniques elle-mêmes, qu'il a considérablement contribué à assouplir après sa période intégraliste)… 
C'est peut-être sous ce jour du jalon qu'il est le plus présent sur CSS : ses œuvres apparaissent à plusieurs reprises dans les sélections générales ou orchestrales de lieder/mélodies, de concertos pour clarinette, sans négliger son empreinte dans la lexicologie musicale sarcastique.

Bien sûr, il n'est pas possible de résister à la personnalité de Boulez : que ce soit pour louer ses talents de pédagogue, jouer avec lui à coups de schémas perfides, railler ses déclarations d'intention, se repaître ou s'indigner de ses traits, rigoler sans arrière-pensée de son dernier gribouillage… Il nous accompagne nécessairement, qu'on parle de la musique contemporaine en général ou de sa production en particulier.

Je ne donnerais plus les mêmes conseils de découverte aujourd'hui qu'à l'initiale de CSS, ou cette notule, un peu moins d'un an après son ouverture, était destinée à guider un choix immédiat pour quelques charmants voisins de ce domaine. Pour moi, l'essentiel se trouve dans Dialogue de l'ombre double et dans les Notations (pour piano comme pour orchestre, pour des raisons tout à fait différentes), et si j'apprécie toujours Le Soleil des eaux, Domaines, Pli selon pli, les Dérives. La leçon autour de Sur Incises reste l'une des portes d'entrées les plus évidentes, assez unanimement saluée pour sa concision et sa clarté, par rapport à d'autres ensembles plus monumentaux – rares sont ceux qui goûtent suffisamment les chatoyances pures de Pli selon pli pour l'encaisser dans sa durée.

boulez oreilles

C'est sans doute insultant ou déplaisant, mais Pierre Boulez, pour moi, c'est avant tout l'humoriste. Celui dont les bons mots (pas toujours bons, et rarement charitables) ont bercé mon éducation de mélomane : en général réducteur ou injuste, mais j'ai toujours ressenti (sans avoir la moindre clef sur la question) une forme de modestie sincère derrière cette froideur hautaine – un pince-sans-rire que tout le monde a pris au sérieux. J'ai conscience de la part de fantasme dans cette représentation (ceux qui perdirent leurs réseaux et furent bannis des commandes officielles l'ont senti cruellement, et ont même transmis la rancœur à leurs successeurs, alors que les frontières ne sont plus du tout aussi imperméables aujourd'hui – la plupart des styles sont joués, sauf à composer du chouette néo-Fauré comme Ducros, et ce même si les « novateurs » tiennent toujours les grosses commandes), mais c'est la mienne, la foi naïve héritée de mon jeune âge.

Par ailleurs, je l'ai dit, quelques-unes de ses compositions m'accompagnent depuis longtemps – plus j'écoute les Notations et le Dialogue, plus je les aime, inconditionnellement. Je ne suis pas sûr que ce soient de grandes œuvres, et ce qui me touche dans leur babil (sortes de flux et de strates qui miment une forme de parole inaccessible) n'est sans doute pas le reflet du geste compositionnel. Est-ce un talent malgré lui, de ménager au sein de toute sa mathématique une forme d'évidence (qui, certes, se contemple davantage à la manière d'un joli bibelot que comme sommet des œuvres de l'Esprit), propre à toucher les Gentils ?  Est-ce tout simplement l'effet de la familiarité, pour ne pas dire la mithridatisation, avec son langage, qui est celui qu'il est le plus facile de découvrir, vu son excellente distribution chez les revendeurs et sa présence régulière en salle – faisant au fil des ans partie de nous-mêmes, indépendamment de son intérêt, de sa qualité, de son accessibilité réels ?
En tout cas, si j'écoute avec parcimonie le reste et n'en réprouve que fort peu (Le Marteau sans maître, surtout), je reviens à ces deux-là avec régularité et sincérité, à une époque de ma mélomanie où le fonds contemporain s'est réduit et décanté à quelques maîtres, que je reviens consulter en terrain familier, ou dont je suis l'évolution.

Si l'on met de coté la question de l'intelligibilité qui peut percer malgré tout (ce discours parallèle et concurrent à tout le projet musical attesté de Boulez est-il vraiment volontaire ?), le mérite incontestable de Boulez, en matière de composition, tient plutôt dans ses talents d'orchestrateur – là, la chatoyance extrême, l'aptitude à créer, sur un patron musical qui échappe aux mélomanes et aux musiciens de meilleure volonté, des structures palpables, que ce soit de l'ordre de la strate simultanée, « spatiale », ou de l'articulation de grandes parties à travers des identités timbrales… tout cela proclame une maîtrise hors du commun de l'orchestre, davantage dans la force de ses détails que dans la gestion de masses (où, généralement, chaque génération adopte une attitude à peu près commune). Il semble qu'en la matière, Boulez puisse tout, et les métamorphoses opérées entre le texte musical et le résultat final confinent au génie, vraisemblablement.

boulez oreilles

Comme chef d'orchestre, son parti pris d'exactitude (au sens de la limitation de la part de l'agogique, ses exécutions n'étant pas toujours aussi parfaitement précises qu'on le dit) et sa mise à distance des affects le rendent rarement un premier choix, à mon sens. Avec ce genre d'exigence, je trouve bien plus mon compte chez Solti, qui y adjoint une ardeur (et une précision d'articulation sensiblement plus grande) propice à rendre exaltante cette régularité un peu raide.
En revanche, cette prévisibilité permet à ses disques d'être pour la plupart de grandes réussites, avec un assez fort taux de certitude.

Sans fouiner dans les discographies, là, au débotté, je signalerais comme indispensables :
Bartók – A Kékszakállú herceg vára – sa première mouture, avec la BBC (chez Sony), avec Tatiana Troyanos et Siegmund Nimsgern, très soigneux dans leur texte et électrisés. La direction de Boulez y est à la fois implacable, oppressante, et d'une splendide transparence. Probablement son meilleur disque (et la meilleure version de cet opéra).
¶ Ses deux deux Pelléas de Debussy – la version de Cardiff fixée en DVD, quoique nerveuse et habitée, se distingue surtout par la justesse de son couple (Alison Hagley et Neil Archer), mais le studio Sony avec l'Orchestre de Covent Garden, d'une splendeur extraordinaire, absolument glaçante, d'un éclat presque funèbre, contitue l'une des lectures les plus abouties et déstabilisantes de Pelléas, sans une once de sucre et de douceur. On peut davantage en discuter la distribution non francophone, mais le résultat, saisissant, n'appelle finalement aucune réserve.
¶ Seulement diffusé à la radio, son Parsifal de 2004 à Bayreuth, à peine moins rapide que son manifeste de 1970, mais tirant cette fois, avec un orchestre d'une tout autre trempe, un univers d'irisations debussystes de cette partition où, à la lecture comme dans la tradition, ce n'est pas la première évidence. Distribution par ailleurs valeureuse et engagée (DeYoung, Wottrich, Wegner, Marco-Buhrmester, Holl), même si pas la plus séduisante en termes de timbres. Si vous le trouvez, c'est une expérience rare.
Côté symphonique, je fais partie de ceux qui admirent davantage la radicalité un peu raide de ses enregistrements Sony (avec le BBC Symphony, le New York Philharmonic ou Cleveland) que la perfection plus hédoniste (mais sans tension, quel est l'intérêt) de ses enregistrements DG avec Vienne, Chicago, Cleveland ou Berlin. J'aime particulièrement ses Schönberg (Sony) très dépouillés. Pour le legs DG, j'ai remarqué que j'aimais surtout les enregistrements décriés (sa Sixième de Mahler avec Vienne, réputée lente et molle, mais à laquelle je trouve un port altier irrésistible) ou alternatifs (ce Cinquième Concerto de Beethoven avec Curzon, étrangement concerné). D'une manière générale, ses Mahler (1,2,6,8,9 en particulier, et par-dessus tout son Wunderhorn claquant et primesautier avec Kožená et Gerhaher) sont assez enthousiasmants.
¶ Parmi les ratés, évidement ses deux mythiques Water Music de Haendel, qu'un radical comme lui jouait comme les grands pontifes tradis de Grande-Bretagne – ce qui est toujours éclairant sur les connexions réelles entre doctrines musicales : atonals et baroqueux, qui souhaitaient renverser la table, se méprisent en général, et les spécialistes de musique contemporaine sont souvent très conservateurs dans leur interprétation du répertoire d'avant le romantisme. Déception beaucoup plus relative (voilà qui reste très agréablement écoutable) son Ring avec Chéreau, particulièrement dans la version vidéo, où l'on perçoit surtout une absence d'affects un peu molle, avec un orchestre vraiment laid de surcroît. La distribution non plus n'est pas toujours exaltante (le Crépuscule avec les vilains affreux Becher + Hübner, c'est beaucoup demander, même quand on aime Jung comme moi). Là encore, avec les mêmes musiciens dans la série immédiatement suivante, Solti obtenait de la même laideur une urgence folle, sans comparaison. Enfin, dans son Wozzeck avec l'Opéra de Paris (studio de 1966 pour CBS), par ailleurs pas le plus tendu ni avenant, il laisse son Docteur, Karl Dönch, chanter absolument n'importe quoi (aucun rapport avec les lignes écrites, même pas dans la même tessiture, dans les mêmes directions, dans l'harmonie…) ; je me suis toujours demandé s'il y existait une version alternative complètement différente, mais cela donne surtout l'impression, vu les rythmes approximatifs (pas forcément sur les temps…), que faute des notes graves, l'interprète improvise très librement sa partie (de façon expressivement assez convaincante). [Toutes informations bienvenues.]

boulez oreilles

Pour sélectionner dans ce flux abondant d'une grosse décennie de notules, je suggère d'aborder par ici :

  • Jeunesse de Boulez, présentation et extraits de sa musique de scène pour Agamemnon d'Eschyle chez Renaud-Barrault.
  • Rôle de Boulez dans l'héritage des fondateurs viennois du sérialisme dodécaphonique (issu d'une courte série sur le dodécaphonisme).
  • Boulez et l'intelligible, essai sur l'écart entre conception et perception de son œuvre.

Le reste est clairement plus incident et plus léger – mon propos initial était de rendre compte de l'empreinte laissée au fil du temps, indépendamment de l'intérêt très relatif des notules indiquées.
Par ailleurs, France Musique avait consacré cette belle page multimédia à un récapitulatif très intéressant de son parcours, en rétablissant en quelque sorte l'équilibre entre les périodes (au lieu de raconter ce que tout le monde a déjà dit), tout en cédant jubilatoirement à la tentation des jeux de mots ridicules – mainte fois perceptible sur CSS à propos de Boulez…

Quoi qu'il en soit, considérant le sort de David Bowie, il semble qu'une tendance se dessine :

boulez oreilles

Ami compositeur, le téléphone sonne, c'est la Philharmonie… prends un instant avant de sauter dans l'avion, il est temps d'aviser ton notaire.

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Toute l'équipe de CSS espère que vous avez apprécié le jeu (peu) discrètement introduit dans cette notule. Alors, il y en avait combien ? En dehors du titre, douze bien sûr.
Comme je le disais, Boulez, pour moi, c'est avant tout le bonheur de jouer – en témoignent mes activités passées sur le meilleur forum de musique classique au monde.


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Commentaires

1. Le mercredi 13 janvier 2016 à , par Diablotin :: site

Le lien vers ton forum de musique classique préféré, dont je confirme qu'il est excellent, est erroné : il manque les : avant les // et après http :-)
Très jolie chronique "in memoriam", by the way !

2. Le mercredi 13 janvier 2016 à , par DavidLeMarrec

Merci, j'avais introduit deux fois l'introduction en http en voulant changer le lien précis.

Le principe de la nécrologie ne m'exalte pas, mais je me suis dit que ça intéresserait certains lecteurs de pouvoir retrouver certaines traces « alternatives » sur Boulez… et puis je me rends compte, ce faisant, qu'il a pas mal occupé ma vie de mélomane, finalement.

(de ton côté, tu as misé non seulement sur celui-ci, mais aussi sur l'autre cheval :) )

(et tu as clairement écouté le moins avenant de tout Boulez, Sonates et Marteau…)

3. Le mercredi 13 janvier 2016 à , par Diablotin :: site

A courir trop de chevaux à la fois -et la période est malheureusement propice en la matière : j'aimais beaucoup Lemmy Kilmister également, plus le personnage que la musique, d'ailleurs, encore que son jeu de basse est impressionnant et très physique : je suis en train de travailler tout ça pour m'amuser un peu, mais comme il jouait au mediator et moi aux doigts, sur des cordes nylon qui plus est, ça sonne parfois étrange !!!-, on en est parfois réduit à ne connaître que des choses peu avenantes ;-) ! Même si j'aime assez les sonates pour piano. En même temps, pour l'autre cheval, je ne me suis pas trompé :-D !!!

4. Le mercredi 13 janvier 2016 à , par Benedictus

Juste quelques remarques:

1. Il y a en effet dans son catalogue pas mal d'œuvres effectivement plutôt mineures, souvent brèves et faisant appel à la virtuosité, la plupart du temps très plaisantes, comme tu le dis d'ailleurs (Sur Incises en serait l'exemple parfait); mais l'ambition et la réussite de Pli selon pli ou de Répons, dont bizarrement tu ne parles pas (j'ajouterais Rituel, mais je sais que tu me contrediras) - tout autant que l'importance d'autres œuvres dans l'histoire de la musique européenne (souvent aussi les plus abrasives, je te l'accorde: le Marteau, les Sonates et Structures pour piano, ... explosante-fixe...) - rendent difficile à mon avis de parler de "compositeur relativement secondaire".

2. Pour les "répertoires alimentaires" de Boulez chef d'orchestre: il n'a pas dirigé les symphonies de Haydn qu'avec l'orchestre de la BBC dans les années 60, il existe aussi un live de la 104 avec Vienne en 1996. Là aussi, c'est très dynamique et plutôt glacial - une espèce d'humour à froid qui lui correspond bien: ce côté pince-sans-rire méchant que tu soulignes par ailleurs. Une version que j'aime vraiment beaucoup.

3. Pardon de dériver dans le mémorial personnel (mais c'est un peu rituel, voire structurel, dans ce genre de message esquissé en réponse à des notations nécrologiques): Boulez est (ça ne fait pas un pli) le chef d'orchestre que j'ai le plus entendu en concert. Deux souvenirs qui restent particulièrement forts: le Pelléas avec une troupe galloise au Châtelet, et le Pli selon pli du 75e anniversaire avec Christine Schäfer et l'EIC (que j'ai entendu deux fois, à la Cité de la Musique, et une semaine plus tard à la Philharmonie de Cologne).

5. Le mercredi 13 janvier 2016 à , par David Le Marrec

@ Diablotin :
Ah oui, ce type de musique sur nylon, autant jouer les Rhapsodies hongroises sur clavecin, effectivement. Ce doit être un vrai défi !

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@ Benedictus :

1. Par « mineur », je ne visais pas spécifiquement le détail du catalogue, mais plutôt l'importance ou l'intérêt de son langage dans l'histoire de la musique. C'est l'inverse du syndrome Salieri-Meyerbeer (méprisés parce que peu joués, et pas forcément par les meilleurs, là où Mozart et Verdi ont tous les plus grands à leur service) : en étant abondamment joué par des ensembles de très haute volée, il a toute opportunité d'être apprivoisé par une partie (méritoire) du public.
Ce qui fait que je suis sincèrement devenu très attaché à une partie de sa production. Mais par rapport à d'autres dotés de langages beaucoup plus personnels (Messiaen) ou réellement innovateurs (Ligeti…), Boulez me paraît réellement un second couteau, pas du tout une figure essentielle de la composition au XXe siècle, susceptible d'être mise à côté de ceux qui se sont établis comme des standards. (Certains défendent la même opinion sur Chostakovitch et Prokofiev, recevable à certains égards.)

Ce n'est pas forcément dépréciatif dans la mesure où je me moque assez que ce soit un quatrième couteau s'il me touche, mais je voulais simplement souligner que sa place dans les programmations n'est pas nécessaire proportionnée à son importance réelle dans le langage musique du XXe siècle.
Et même en matière de qualité, je ne suis pas toujours persuadé qu'il soit le représentant le plus passionnant de son courant – surtout servi par son sens de l'orchestration hors du commun, en réalité.

Effectivement, je n'ai pas parlé de Répons, sans doute découvert un peu tard, et qui n'a donc pas suscité de choc particulier, mais oui, c'est dans la lignée du dernier Boulez chatoyant, très recommandable.
Pli selon pli, je respecte, mais c'est beaucoup trop long pour un matériau trop peu intelligible (et il n'y a pas les atmosphères incroyables de Nono, c'est de l'orchestration pure sur des hauteurs aléatoires, je n'arrive pas à tirer mieux après des années d'écoute).
Rituel, j'aimais beaucoup, jusqu'à l'écouter très attentivement en concert – où, là, le côté inhabituellement pulsé devient un gimmick et où la spatialisation du même matériau (pas très beau) devient pénible. J'ai fini par m'ennuyer.

Effectivement, certaines œuvres ont leur importance historique en documentant le sérialisme intégral, la musique ouverte… mais ce ne sont que des techniques ponctuelles, pas de véritables courants qui ont marqué l'histoire de la musique. (Et puis le Marteau, c'est tellement contraint et laid, ça peut bien être fondamental, si personne ne l'écoute jamais, ça règle un peu la question.)


2. Oh, je suis curieux d'entendre ça. Je ne le vois pas, là, tout de suite, chez les marchands de flux, il faut que je me renseigne. Bon, après, plus le temps passe, plus mon Haydn se limite à Fey et Norrington (même Harnoncourt et Minkowski me paraissent presque hiératiques !), avec quelques exceptions pour Bernstein et autres élus. Mais Boulez pourrait bien en être : pas tant parce que c'est du très bon Haydn que parce que c'est différent, d'une façon qui fonctionne très bien.


3.

Pardon de dériver dans le mémorial personnel (mais c'est un peu rituel, voire structurel, dans ce genre de message esquissé en réponse à des notations nécrologiques):

Joli.

Le Pelléas, c'était avec l'orchestre et les chanteurs du DVD ?

Le Pli selon pli avec Schäfer, il m'en reste surtout l'un de mes premiers disques de musique contemporaine (avant ça, je la découvrais uniquement par la radio), acheté un peu avant mes dix-huit ans. Voilà, à nostalgie, nostalgie et demie.

6. Le mercredi 13 janvier 2016 à , par Benedictus

1. Je ne suis toujours pas pleinement convaincu (tout en reconnaissant que ton argumentation est loin d'être infondée).

Certes, pour la partie sérialisme intégral, aléatoire & co., on peut soutenir qu'il ne s'agit que d'une manière de parenthèse dans l'histoire de la musique - et qu'il a donné là ses œuvres les moins belles.

Mais le "dernier Boulez" est aussi en partie celui qui a refermé cette parenthèse, avec des œuvres non seulement très belles (Répons, je le maintiens), mais qui ne me semblent pas dépourvues de postérité, en termes de langage. Le Manoury d'aujourd'hui, le Ferneyhough dernière manière, Harvey, et, au moins pour partie, Mantovani, Fedele, Francesconi ou Dalbavie me semblent en procéder.

Après, en effet, son œuvre me touche moi aussi moins profondément que celle de Nono (il est vrai aussi, par surcroît, que là où Nono est souverain, Boulez rame un peu, qu'il s'agisse du quatuor à cordes ou de la musique chorale).

Mais il me semble aussi que Boulez n'est pas non plus le membre le moins passionnant du courant auquel il se rattache. Je le se situe, par exemple, quelques bonnes coudées au-dessus de Berio (qui, pour le coup, me semble vraiment un compositeur mineur).

2. Il s'agit d'un coffret Haydn coédité par les Wiener Philharmoniker et une marque de montres bling-bling (mais il y a vraiment à boire et à manger, dans ce coffret).

3. Pour le Pelléas, oui. (C'était tellement parfait que depuis je n'ai plus osé assister à un Pelléas scénique.)


7. Le jeudi 14 janvier 2016 à , par David Le Marrec

1. Je n'entends pas du tout de points communs de langage entre Boulez et ceux que tu cites (peut-être Harvey que j'ai moins écouté) ; qu'on y retrouve des couleurs d'orchestration, peut-être (et encore, le détail des traits diffère considérablement, on ne trouvera pas chez Boulez de bois accordés en micro-tons, d'attaques inversées à la Varèse, de fusées…), mais en termes de contenus, je ne vois que des convergences très lâches (même s'il probable qu'il a influencé significativement Ferneyhough, Harvey et Mantovani – en revanche Fedele, je ne vois vraiment pas, je doute qu'ils soient potes vu les styles !).

Pareil pour Berio, ses œuvres les plus jouées ne sont pas du tout du même courant (plus proche du happening façon Scelsi ou Henry, et quand il écrit sérieusement, finalement d'une modernité assez traditionnelle).

Dans le dodécaphonisme sériels, oui, peut-être que Boulez est le plus avenant (là encore, l'orchestration n'y est pas pour rien), mais en même temps, qui trouve-t-on correctement documenté au disque, dans ce courant ? Pas tant de monde que ça… Donc, oui, c'est sans doute le dodécaphoniste que j'aime le plus (peut-être même devant Webern), mais je n'ai pas l'impression d'avoir suffisamment usé le fonds pour le dire… et si son geste compositionnel me séduit par certains aspects, je ne l'ai jamais ressenti comme puissamment nouveau ou fulgurant, étrangement.

2. Ah, merci, je vais trouver comme ça. (De toute façon, acheter un coffret d'interprétations viennoises, ça va pas ??)

3. Effectivement. Essaie quand même la mise en espace de Sellars, je trouve que ça fonctionne mieux que toutes les mises en scène complètes, il n'y a plus ce problème des costumes, du corset de la littéralité (ou de la fantaisie hors sol – le Regietheater fonctionne très mal dans Pelléas, et même sans les grandes audaces, je trouve).

8. Le vendredi 15 janvier 2016 à , par Palimpseste

Des trois - au moins - carrières de Boulez (compositeur, chef d'orchestre et directeur d'institutions), je ne serais pas trop surpris si c'était de la dernière qu'on se souviendrait à l'avenir.

Grand chef d'orchestre? Indéniablement. Très même. Tiens, je suis particulièrement friand de ses Ravel des années 70-80. Cela dit, de très grands chefs il y en a et aura d'autres. Alors, dans 100 ans...

Compositeur? Oui mais comme David, je me dis de plus en plus que c'est très secondaire tout ça. Attention, il y a des choses que j'aime vraiment chez lui, et pas qu'un peu, mais je perçois mal la nécessité, la trame qui ferait dire quelque chose à tous ces jolis sons et couleurs. C'est peut-être un point de vue dépassé mais bon.

Répons, que je découvrait récemment et qui est tellement vanté, m'a laissé froid passé les premières minutes. Et c'est souvent le problème que j'ai avec Boulez. Que c'est long pour le peu que j'en retire (n'empêche qu'il y a un passage vers la fin où il pompe Messiaen, c'est pas possible - à 33:40-34:30 dans l'édition DG récente).

Quant à ses héritiers, je les trouve justement plus intéressants quand ils se détachent de lui, comme les Dalbavie récents.

Bref, tout ça pour dire que Bowie était un compositeur d'une toute autre trempe.

Mais le directeur d'institutions sera peut-être très fêté par la postérité. L'IRCAM, ça ne me semble pas anodin comme contribution à l'histoire de la musique à long terme.

Sinon, @ Diablotin, je me suis toujours demandé comment Lemmy faisait pour gratter sa basse à 100 à l'heure comme s'il s'agissait d'une guitare, sans avoir les doigts en charpie. La bouillie chimique qui lui servait de sang avait probablement frit ses terminaisons nerveuses depuis les années 70.

9. Le vendredi 15 janvier 2016 à , par Arnaud Bellemontagne

Erudit et passionnant comme d'habitude.
Merci David

p.s.:Je ne sais pas pourquoi, mais je te sens moins enclin à développer sur Lemmy et son jeu de basse :p

10. Le vendredi 15 janvier 2016 à , par lu

Manoury, Jarrell, Fedele, Mantovani, Dalbavie etc., ce n’est vraiment pas qu’une question de « couleurs d’orchestration », à mon avis... il ne faut pas s’arrêter au fait que Boulez serait « dodécaphonique sériel » (’faut vraiment voir ce qu’on entend par là, parce que...) et pas les autres, sinon on passe un peu à côté (à mon avis toujours).

(Scelsi happening, hem — Henry j’ai beaucoup de doutes aussi, mais je ne connais pas — ; plutôt Kagel-Aperghis.)

(Ligeti « réellement novateur » — par opposition à Boulez —, je m’abstiens.)

Sinon, je suis toujours très mal à l’aise (devant ce discours (j’ai presque envie de dire posture) « Boulez orchestrateur de génie le reste on n’y comprend quand même rien », mais il faudra bien que je m’y fasse. Déjà je suis pas convaincu par son génie du côté de l’orchestration, et puis cela me semble tellement à côté de cette musique, mais ça doit être moi.
Boulez, je lui reprocherais bien d’être bavard, à partir d’une certaine période — et je reproche la même chose à ceux que j’ai cité au début de mon message (je ne suis même pas certain d’épargner Manoury). Et plutôt conservateur. Donc Boulez secondaire, je ne suis pas tout à fait contre, surtout que je crois trouver mieux partout où il s’est aventuré, que ce soit chez Barraqué, Manoury, Stockhausen, Maderna, Babbitt, Rihm ou Nono.
Néanmoins je pourrais difficilement me passer de la deuxième sonate, du première livre des Structures, du Tombeau voire des Dérive.

(le coup de mettre des titres de Pierrot partout, j’ai l’impression d’avoir déjà vu ça dix fois, j’avoue que ça m’a rebuté.)

11. Le samedi 16 janvier 2016 à , par David Le Marrec

@ Palimpseste :

mais je perçois mal la nécessité, la trame qui ferait dire quelque chose à tous ces jolis sons et couleurs. C'est peut-être un point de vue dépassé mais bon.

Dans quelques-unes, je la perçois, mais toujours avec le sentiment que c'est une reconstruction personnelle (à partir d'une culture auditive modale…), que l'approuverait guère l'intéressé.

Le directeur d'institution marquera forcément l'histoire, vu son impact dans le paysage français, l'organisation générale des forces (et subventions) musicales. Ensuite, que dira-t-on de son bilan ? Le côté partisan stylistiquement (certes ouvert, mais pas à certaines esthétiques) lui vaut beaucoup de reproches aujourd'hui. Et puis il y a toujours, semble-t-il (mais cela dépasse amplement mes compétences, je n'ai pas cherché de détails sur les directions artistiques et financières fines des deux intéressés), des discussions si le modèle Landowski ne valait pas mieux.

L'IRCAM a pour lui d'avoir servi d'incubateur à beaucoup de jeunes talents, sorte de Villa Médicis efficace ; en revanche sur son impact esthétique, je n'ai pas l'impression que la musique électronique soit beaucoup sortie du gadget dans ce répertoire (c'est probablement hors de classique que son impact aura été le plus significatifs, avec les logiciels de traitement vendus). Il y a bien sûr des contre-exemples, à commencer par Dialogue de l'ombre double et Prometeo de Nono dont on devisait récemment, mais globalement, c'est plus une technique d'appoint qu'une révolution.

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Merci Arnaud ! En effet, côté musiques amplifiées, je suis plutôt musical, et côté gratte, plutôt folk… Ma fréquentation des gammes de metal n'est pas inexistante, mais elle est particulièrement superficielle.

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@ lu :

Manoury, Jarrell, Fedele, Mantovani, Dalbavie etc., ce n’est vraiment pas qu’une question de « couleurs d’orchestration », à mon avis... il ne faut pas s’arrêter au fait que Boulez serait « dodécaphonique sériel » (’faut vraiment voir ce qu’on entend par là, parce que...) et pas les autres, sinon on passe un peu à côté (à mon avis toujours).

Je serais intrigué par plus de détail : je ne vois vraiment pas de convergences fortes dans l'écriture harmonique ou mélodique entre ceux-là et Boulez. Qu'ils aient retiré des choses de son legs (Fedele peut-être moins que les autres), je le crois très volontiers, mais je trouve hardi de tracer une filiation en les désignant comme ses héritiers… ils évoluent dans des sphères très différentes (et à mon gré considérablement plus opérationnelles et passionnantes, mais c'est une autre affaire).

(Scelsi happening, hem — Henry j’ai beaucoup de doutes aussi, mais je ne connais pas — ; plutôt Kagel-Aperghis.)

Pareil pour moi (enfin, ça dépend des Kagel, il y a beaucoup de hem aussi), vénération pour Aperghis ; mais Henry c'est (agréablement !) rigolo.


Sinon, je suis toujours très mal à l’aise (devant ce discours (j’ai presque envie de dire posture) « Boulez orchestrateur de génie le reste on n’y comprend quand même rien », mais il faudra bien que je m’y fasse. Déjà je suis pas convaincu par son génie du côté de l’orchestration, et puis cela me semble tellement à côté de cette musique, mais ça doit être moi.

Ce n'est pas un manifeste de principe, c'est ce que j'entends – et, vu la complexité (et les prix !) des partitions, je ne peux pas faire beaucoup mieux. Je ne doute pas que d'autres y parviennent, mais j'en reviens toujours là : vu le nombre de disques vendus, même en retranchant ceux qui le détestent, il y a quand même pas mal de monde qui doit essayer de s'accrocher à d'autres choses qu'au langage profond, à peu près inaccessible.
D'ailleurs, pour en avoir discuté (grand sujet de conversation, Boulez en musique classique, c'est comme parler du temps qui fait ou de l'échec de l'action publique, ça fonctionne à tous les coups) avec pas mal de mélomanes, musiciens et même quelques compositeurs (pas forcément anti-Boulez), la plupart admettent, si jamais ils aiment, reconstituer ce qu'ils peuvent mais passer à côté de la logique profonde de la chose.

On peut toujours soupçonner que tout le monde fait semblant, pour des raisons de surface sociale ou de militantisme politique, de ne pas voir ce qui est évident, mais je crois tout de même que c'est assez significatif. Et ça pose beaucoup de questions majeures, difficiles à traiter : faut-il accéder à la logique d'une musique pour l'aimer véritablement ? (après tout, il y a plein de gens qui aiment Mozart en n'écoutant que les mélodies, et pas le petit retard, la grosse modulation ou le contrepoint adroit) Et à partir de quel nombre d'auditeurs informés une musique est-elle légitime ?
Il est difficile de donner une réponse à cela, surtout lorsqu'on aime une musique de niche (les concerts de Campra ou Destouches sont moins fréquents et remplis que les concerts de Boulez, et ne parlons pas des disques…), mais je reste toujours un peu embarrassé par ces musiques qui semblent quasiment ne s'adresser qu'au compositeur. Tu dis l'inverse, mais je reste très frustré que celui-ci s'arroge le droit (et je crois qu'on ne peut pas me taxer de mauvaise volonté, vu le temps, l'application et l'opinion favorable que j'y ai consacré) de laisser les auditeurs à la porte (sauf les disciples qui auront spécifiquement étudié son style).

Il est fort possibe que je passe tout à fait à côté, mais cela ne cadre pas si mal avec le discours de Boulez sur une sorte de beauté en elle-même de la partition, sur les équilibres internes, et surtout pas sur la séduction du public, même si son ambition était, comme tout le monde, d'écrire une musique populaire.

Au demeurant, je suis preneur de pistes d'écoutes pour accéder au geste général, à la logique profonde de la chose. Des fois, en passant de l'autre côté du miroir, on peut effectivement percevoir les choses tout autrement – je reste fasciné par Messiaen, très agressif et dissonant vu de l'extérieur, et d'un consonance voluptueuse une fois qu'on a accepté ses couleurs de base. Pour Boulez, je n'ai toujours rien trouvé qui structure audiblement l'ensemble – à part les notes de programme et l'orchestration.
Mais quoi qu'il en soit, vu le nombre d'élus, il a quand même un petit problème d'évidence et de transmission, au minimum.


(le coup de mettre des titres de Pierrot partout, j’ai l’impression d’avoir déjà vu ça dix fois, j’avoue que ça m’a rebuté.)

Oui, c'est horrible, pardon. Mais là aussi, il l'a bien cherché, ce n'est pas ma faute s'il aime les titres fendards.

12. Le samedi 16 janvier 2016 à , par lu

Manoury notamment, dans beaucoup d’œuvres, ça me semble très proche du (dernier) Boulez du point de vue mélodique et harmonique. Les autres un peu moins, mais quand même. Du reste je ne sais pas s’il faut parler d’héritiers, mais au moins de parenté.

Pour le reste, j’ai bien dit mal à l’aise (et c’est peu dire, mais je te rassure : il y a beaucoup d’éléments extérieurs qui participent à cet état) : si à peu près tout le monde (qui est plutôt positif sur le sujet) parle de Boulez de cette façon, si à peu près tout le monde loue les Notations pour orchestre par exemple, que je trouve au mieux bancales, c’est sans doute moi qui suis en cause quelque part.
Je ne pense pas que quiconque fasse semblant, et à vrai dire que je ne pense pas que tu passes à côté. Mais c’est curieux : Boulez ne serait bon que dans cet aspect, or tu parles de contenu, de mélodie, tu cites en premier les Notations et le Dialogue...
Enfin je précise : quand je dis tout ça, je parle peut-être davantage de la musique en général (de ma conception) et pas de Boulez lui-même, que je n’ai pas prétention de saisir mieux que quiconque. En effet il semble accorder une grande importance à la jubilation des timbres, tout ça. Mais personnellement j’ai du mal à m’intéresser trop au raffinement orchestral comme tu dois le savoir. C’est presque à Boulez finalement que je pourrais reprocher de « passer à côté », à côté de ce qui faisait sa musique aussi. D’ailleurs, toutes ces notes pivots dans la dernière période, ça en devient presque trop, car ça tend à limiter la dimension thématique d’une œuvre à la répétition d’une note.
Je perçois cette musique comme assez traditionnelle, en fait, déjà il y a de vraies notes (qui se suivent...), des rythmes plutôt simples, du contrepoint, des matériaux et des développements, etc. Le reste, bah...

Pareil pour moi (enfin, ça dépend des Kagel, il y a beaucoup de hem aussi), vénération pour Aperghis ; mais Henry c'est (agréablement !) rigolo.


tu as (peut-être) mal compris, le hem se rapportait à happening ; j’aime Scelsi, pas Kagel ni Aperghis mais les deux derniers me semblent se conformer davantage à la catégorie, alors que pour moi Scelsi ça n’a vraiment aucun rapport (je ne pense même pas que le pour moi soit nécessaire dans cette phrase, mais soyons prudents).

13. Le samedi 16 janvier 2016 à , par David Le Marrec

Manoury notamment, dans beaucoup d’œuvres, ça me semble très proche du (dernier) Boulez du point de vue mélodique et harmonique.

Lesquelles ? Là, je ne vois pas, surtout sur ces critères.


Je ne pense pas que quiconque fasse semblant, et à vrai dire que je ne pense pas que tu passes à côté. Mais c’est curieux : Boulez ne serait bon que dans cet aspect, or tu parles de contenu, de mélodie, tu cites en premier les Notations et le Dialogue...

Ça, c'est tout personnel, parce qu'il y a une sorte de « discours » presque verbal, qui me parle beaucoup plus directement. Mais justement, l'essentiel de sa production se distingue plus de la concurrence par la qualité exceptionnelle d'orchestration (en tout cas pour cette époque, effectivement depuis d'autres ont, souvent avec des procédés différents, certes, suivi la même voie). Dans les couleurs orchestrales, même si ce n'est pas par les mêmes voies, d'accord, Dalbavie, Francesconi, Mantovani et même Fedele peuvent obtenir des résultats comparables – ça me paraît plutôt un air du temps, en fait, qu'une réelle influence directe de Boulez, d'autant que ces compositeurs sont à peu près contemporains de son tournant « chatoyant ».


C’est presque à Boulez finalement que je pourrais reprocher de « passer à côté », à côté de ce qui faisait sa musique aussi.

C'est original, mais pas faux… quand on voit la façon habituelle de présenter Boulez (« le sérialisme en plus mathématique ») et qu'on entend les œuvres écrites depuis les années 80, on peine à faire le lien, pour sûr. Oui, d'une certaine façon, à terme, il se simplifie lui-même, mais c'est aussi (peut-être est-ce clairvoyance de sa part, je n'ai pas cherché s'il avait écrit à ce sujet) ce qui lui permet d'être apprécié un peu plus largement, chez des mélomanes moins spécialistes.


le hem se rapportait à happening ; j’aime Scelsi

Ça dépend de quel Scelsi. Il reste plusieurs œuvres réputées majeures que je n'ai pas encore essayées, mais son catalogue contient quantité de fumisteries, ou plus exactement d'exploration de principes donnés, et pas forcément bien exploitées. Les Quattro Pezzi orchestraux sur note unique vraiment sous-exploités, le piano ou la clarinette solo, ça ne m'a jamais paru aller bien loin. Il paraît qu'il y a des choses formidables pour chœur, je m'y plongerai un jour.
Ce n'est pas du tout, c'est vrai, le même type d'expérimentation – le terme de happening convient mieux pour Henry, Kagel et Aperghis, assurément, où le dispositif, la surprise, la référence sont essentiels. Le problème étant que chez Scelsi, c'est la logique compositionnelle elle-même qui tient parfois de l'expérimentation simpliste (lu quelques pièces dont le principe semblait être d'ajouter des secondes mineures à des accords assez banals, le genre de trucs qu'on fait quand on découvre l'impro, pour voir ce que ça fait, mais de là à le publier…), et c'est bien plus frustrant qu'un dispositif « artistique » externe plus ou moins réussi, en ce qui me concerne.

14. Le samedi 16 janvier 2016 à , par antoine

Bowie=Boulez??

15. Le samedi 16 janvier 2016 à , par Benedictus

Me voilà rassuré de constater que mon rapprochement entre Boulez et mes compositeurs préférés des deux générations suivantes n'était finalement pas si absurde que cela, qu'on parle de parenté ou de filiation.

(Manoury, à mon sens est quand même un cas assez singulier, qu'on ne peut tout de même pas réduire à des chatoiements orchestraux bavards. En témoignent ses réussites dans le domaine du quatuor à cordes ou de la sonate pour piano - pour le quatuor, je pourrai probablement en dire davantage lundi soir.)

Sinon, Boulez me semble présenter sur Bowie un avantage non négligeable: celui de ne fournir à Philip Glass aucun prétexte à écrire des symphonies.

16. Le jeudi 4 février 2016 à , par Benedictus

Tiens, maintenant que la discussion sur Pierrot semble s'être un peu tassée... Quand tu écris

Malgré leur poids écrasant dans l'histoire mémoriale de l'interprétation enregistrée, je pourrais dire de même de Hausegger, Fried, Weingartner, Andreae, Doráti ou Klemperer (non, pas Furtwängler), avant tout compositeurs dans le sens où la perte serait plus éclatante s'ils manquaient au répertoire plutôt qu'à la discographie.

faut-il lire ça comme une pique à l'encontre de compositeur (ce n'est pourtant pas si mal, on dirait un peu du Pfitzner) ou bien un acte d'allégeance à l'idolâtrie du chef, certes fort répandue (alors qu'il y a peu d'œuvres où il est pour moi prioritaire - l'Empereur et Schumann 4, peut-être)?

17. Le samedi 6 février 2016 à , par David Le Marrec

Première solution : oui, c'est du Pfitzner, mais qui essaie de pasticher Bruckner… La musique de chambre m'a paru assez rébarbatives, et les symphonies un peu servilement imitatives ; c'est quasiment le seul grand chef-compositeur de cette période dont je n'admire pas très intensément le legs.

Comme chef, j'ai toujours été très partagé : lorsqu'il dirige la petite harmonie, il obtient des détachés et de la poésie comme aucun autre, mais pour le reste, on a souvent affaire à des lectures épaisses, certes intenses, mais (volontairement, paraît-il) très imprécises, avec de grosses cassures entre les sections. Il y a des réussites éclatantes (son Fidelio de 1950 à Vienne, sa Quatrième de Schumann, effectivement, son Tristan sur le vif, certains moment de sa Tétralogie milanaise, ses Bruckner, ses Deutsches Requiem…), mais aussi quantité de choses dont je me demande très sincèrement si, si jamais on remplaçait l'étiquette, on ne dirait pas que c'est techniquement très insuffisant (en plus de ne pas être très intéressant dans le discours). Par exemple ses symphonies de Beethoven, je ne vois pas bien ce qu'elles ont de particulièrement réussi… surtout face aux défauts assez criants de simple mise en place, de simple équilibre.

Le personnage est très attachant, mais non, je ne suis vraiment un idolâtre du chef… j'ai même plutôt tendance à l'éviter, quitte à rencontrer par hasard de divines surprises.

18. Le dimanche 7 février 2016 à , par Benedictus

Je ne connais pas sa musique de chambre, mais ses symphonies ne sont tout de même pas si mal. Certes, elles font assez vieillot par rapport à la Natursymphonie d'Hausegger...

Quant à son legs de chef, je partage à peu près tes impressions (je serais quand même moins enthousiaste que toi au sujet de ses Bruckner, même s'ils ne sont pas inintéressants; et son Ring milanais est quand même excessivement inégal - le romain, je n'en parle même pas). Je trouve par exemple Schuricht mille fois plus convaincant (pas seulement dans Bruckner - ne serait-ce que dans Beethoven...)

19. Le dimanche 7 février 2016 à , par DavidLeMarrec

Ça s'écoute, mais ça n'a pas grand intérêt (Bruckner a assez écrit comme ça…).

Effectivement, le Ring scaligère est inégal, mais il y a des moments où l'on a l'impression d'assister à la naissance de l'humanité (et puis Höngen !). Par exemple. Sinon, je te l'accorde volontiers, les musiciens sont à bout et sur le plateau, ça chante comme des gorets.

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David Le Marrec

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