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La culture dans la presse quotidienne

Le milieu de l'édition regarde avec inquiétude les tirages baisser. Pourquoi cet engrenage incoercible ? On se le demande, tiens.


Evidemment, il y a la concurrence des médias plus "faciles d'accès", avec son, image et tout et tout. L'effort inhérent au format est un frein à sa consommation rapide et délassante. Et puis la présence d'équivalents - par le format uniquement, mais cela a son importance - gratuits. Cela, on le sait depuis longtemps.

La désaffection des journaux vient aussi de ce que, si on fait l'effort de les lire, on les trouve cependant bien trop consensuels - et, lorsqu'ils s'engagent, aveuglément partisans (reste à savoir qui s'égare). Et leur colonnes exigeantes tendent à s'ouvrir aux témoignages personnels, excitant le sentiment d'injustice, mais sans perspective, et qui plus est sans le souffle du journalisme narratif assumé.

Outre la plus grande difficulté de ce support et la diversité d'attentes vis-à-vis de lui, on rencontre récurremment le problème de la pertinence de l'information, surtout pour un support aussi coûteux et exclusif - difficile de faire autre chose pendant la lecture prolongée de l'objet en question. Maître Eolas se plaint récurremment des négligences du Monde en matière juridique, depuis la dissolution de son service idoine ; les journalistes concernés tendent ainsi à utiliser indiféremment les termes "acquittement" et "relaxe", ce qui atteste d'une relation au droit plutôt lointaine.
Tout récemment, un article de Marie-Aude Roux a fait les gorges chaudes des fora lyriques, postulant que la Klytämnestra de Felicity Palmer (dans Elektra) avait un timbre d'ammoniaque qui corrode le souffle. La perplexité naît de ce qu'en termes de technique vocale, c'est le souffle qui fonde la voix et peut, le cas échéant, modifier le timbre - encore que le timbre soit plutôt lié aux résonateurs qu'au souffle lui-même. Provenant d'une journaliste initialement formée en musicologie, l'approximation a de quoi laisser dubitatif. Après, reste à déterminer ce que représentent un timbre d'ammoniaque et la corrosion d'un souffle, mais c'est plus là une affaire de goût sur la pertinence des choix métaphoriques de Marie-Aude.
Le pompon est toutefois tenu par Eric Dahan, apte aux meilleurs billets comme aux pires, qui déclare, toujours à propos de ces représentations :

Voilà qui laisse pantois : Elektra est en effet un drame en un acte, et le mérite n'en revient nullement à Gérard Mortier ! Eric Dahan est sans nul doute une belle vitrine de l'éclectisme dont se flatte le journal, et ce n'est pas blâmable en soi, mais certaines affirmations montrent une logique méconnaissance de pans d'un répertoire aussi vaste. Cela dit, on ne fait pas toujours mieux au Monde, avec plusieurs critiques, dont certains dotés d'une formation musicologique poussée.

Pourtant, quelqu'un savait, à Libération et, qui sait, peut-être E.Dahan lui-même :

En tout cas, ça ne fait pas très sérieux.

On comprend mieux pourquoi un média au coût, à l'effort, au temps d'incorporation supérieurs à ses concurrents ne séduit pas, s'il offre des approximations aussi lourdes (un journaliste n'est pas tenu à la pertinence sans faille de spécialistes) à ses lecteurs. Notant le degré d'à-peu-près dans les domaines où la compétence est contrôlable, on frémit en pensant à des sujets plus complexes, moins aisément vérifiables et dotés de conséquences lourdes, comme l'information et l'analyse géopolitiques.

David - grelottant


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Commentaires

1. Le vendredi 26 mai 2006 à , par kfigaro :: site

ah, je devrais te lire plus souvent, moi aussi je suis un feignant mine de rien !! j'adore le "timbre d'ammoniaque qui corrode le souffle" !! LOL !! elle est pas mal celle là ;-)...

HS : ça me rappelle mes cours de chimie tiens (j'étais si passionné par ça que j'ai même failli en faire mon métier ;))

2. Le vendredi 26 mai 2006 à , par DavidLeMarrec

Pour en trouver d'autres à la pelle, il suffit de lire Marie-Aude Roux.

Mais le mieux, c'est peut-être la revue de l'Opéra de Paris, Ligne 8, qui contient de vrais morceaux de Mortier dedans. Tous ses metteurs en scène s'y répandent en insultant le public qui va à l'Opéra ! C'est incroyablement drôle.

Hélas, je n'y ai pas accès à Bordeaux, aussi je suis obligé de me contenter de citations, ce que je regrette fort.


P.S.H.S : Oui, il faut bien choisir un jour. Les débouchés de chimie ne sont pas forcément exaltants, mais la matière est passionnante. Une fac de mathématiques, ça m'aurait bien tenté aussi. Qui m'en empêche, me diras-tu, il n'y a pas de limite d'âge...

P.P.S. en sujet : Tu vois, chez toi ça bouge ! Il faut juste le temps que le mérite éclate au grand jour. Même dans la niche culturelle. ;-)

3. Le mercredi 8 juillet 2009 à , par KidAmnesiac

Marie-Aude Roux:

"Pour "J'ai perdu mon Eurydice", de l'Orphée de Gluck, et "Rachel, quand du Seigneur", de Meyerbeer (La Juive), le spectateur n'a pas besoin de surtitrage."

http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/07/08/en-repetition-a-versailles-avec-roberto-alagna_1216691_3246.html#ens_id=1216766

4. Le mercredi 8 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Ave KidAmnesiac, et bienvenue de ce côté-ci !

Oui, elle fait souvent des confusions dans les titres - peut-être faute de relecture (ou de style clair ?) : des fois c'est plus flou (on ne sait trop quoi attribuer à qui) qu'erroné.

En l'occurrence, elle reste dans le même spectre stylistique, mais elle n'a plus les idées fraîches. :-)

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