Carnets sur sol

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lundi 14 juillet 2008

A la découverte de Saintes (1)

Sur une insistante et néanmoins gracieuse invitation, un petit groupe de lutins s'est rendu à Saintes. C'est qu'ils rêvaient depuis longtemps de l'escapade, les sacripans, dans cette région symbole du roman le plus abouti, le plus riche et le plus divers.

Aussi, dans le cadre d'un emploi du temps chargé, ils risquent vous entretenir de considérations plus architecturales, péché mignon de la rédaction de CSS, mais encore peu présent dans ces pages.

Je vous prie d'avance de les excuser pour la liberté éditoriale intolérable qu'ils prennent de la sorte.


Splendide panneau lumineux vingtième de la gare de Saintes. Style cheap & kedalle.
1. Aspect général

La cité en elle-même s'apparente à une ville modeste de l'Ouest du Périgord, du Nord de la Gironde, ou des Charentes, avec ses maisons basses en pierre de Saintonge (évidemment) sur le modèle (appauvri) de l'échoppe bordelaise, souvent avec un étage cependant ; les rues présentent chacune un caractère assez peu homogène, mais répondent largement à ces mêmes critères architecturaux.


Bossage souligné au rez-de chaussée, encadrement en léger relief, aucune décoration au-dessus des entrées.


De part et d'autre de la Charente s'étendent de longues rues parallèles au fleuve (si bien qu'y compris avec notre guide local lamentable, il était impossible de se perdre), légèrement convexes, qui permettent de rayonner très rapidement vers les églises à dévorer (en particulier le cours Reverseau, où figure l'église réformée).


Le temple protestant, cours Reverseau.


La façade du temple est assez caractéristique des mélanges de ce début du vingtième siècle, entre son porche néo-roman propre aux néo-gothiques, ses ouvertures étroites stylisées à la byzantine, son allure élancée Art Nouveau... Dans le genre, on peut également penser à la synagogue de Bordeaux, que nous présenterons peut-être un jour par ici.


La synagogue de Bordeaux. (Photos CSS.)


Derrière le cours Reverseau, en retournant vers le fleuve (donc totalement au coeur de Saintes) on peut parcourir un ancien chemin de ronde, qui descend soudain vers une cuvette boisée. Plusieurs kilomètres carrés absolument vides d'urbanisation, non pas des jardins d'agréments ou des cultures maraîchères... Simplement une verdure jamais élaguée, avec quelques maisons logées au milieu d'une flore abondante. Pas un commerce, pas une institution, pas une route. Simplement des pentes et des escaliers de pierre pour accéder à cet univers presque silencieux, hors du monde. Et exactement au milieu de la ville, une sorte d'impensé de l'urbanisme de la ville.
Impressionnant et délicieux. C'est là qu'on débouche, au bout d'une espèce d'avenue piétonne en gazon qui parcourt le « quartier » sur sa longueur, sur l'amphithéâtre (voir article suivant).


Depuis la cuvette, vue en contrebas de saint Eutrope (au niveau du reste de la ville). Très vilaine photographie, mais c'est tout ce que l'on trouve en ligne et nous n'avons pas pris de cliché à ce moment pour ne pas ralentir notre aimable guide. Elle donne une idée de la situation de cet assez vaste lieu absent du reste de la ville.
A droite, une carte qui permet de mesurer l'ampleur de cet ensemble vierge au coeur du centre-ville.


L'ensemble de la petite cité saintongeaise est d'ailleurs étonnamment vide, y compris un jour de festival (peu de places dans l'abbaye, il est vrai). Vingt minutes avant le concert de vingt heures, deux personnes dans le jardin immédiatement derrière l'abbaye. Et une trentaine de personnes devant l'entrée. Dès 22h, le cours National et l'avenue Gambetta, artères principales qui traversent la Charente, sont absolument vides d'hommes et de circulation (en marchant, dans une pénombre assez importante, une voiture toutes les trente secondes sur la rue la plus animée de la ville, et un passant toutes les cinq minutes...), avec une impression de désert civilisé absolument délectable.

Dans la journée même, un samedi de festival avec concert du héros local Herreweghe, difficile de croiser quelqu'un dans les lieux touristiques classés, comme la crypte saint Eutrope, pourtant un bijou d'un type assez rare. Vraiment étonnante atmosphère.

The Brick Testament

Carnets sur sol tenait à signaler une petite perle, à la fois instructive et drôle. De la culture badine, comme on l'aime par ici.

Un original américain a réalisé des mises en scène extrêmement soignées du texte littéral de la Bible - en Lego™.

C'est extrêmement agréable à suivre, commode à mémoriser, et très amusant. Les visages figés des figurines, les postures incongrues, la littéralité volontairement très poussée (avec force hémoglobine), les quelques dialogues inventés créent un résultat absolument savoureux.

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Eh oui, tradition d'abord juridique et hébraïque.

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Cet ensemble nourrit également la réflexion en mettant en valeur des épisodes sortis de la mémoire collective, en soulignant aussi l'archaïsme d'un texte très violent, et plus que méconnu des chrétiens. En effet, on ne lit plus du tout l'Ancien Testament chez les catholiques, et c'est heureux, en plaçant l'accent sur l'ouverture du message généreux de la Nouvelle Alliance (enfin, du moins celui qu'on a choisi d'en retenir, très compatible avec l'ère contemporaine).

Les nombreux châtiments mortels infligés par YHVH à son peuple comme à ses ennemis, abondamment représentés ici, et avec une complaisance dans l'horreur très drôle - car en décalage fondamental avec la naïveté délicieuse de ces figurines pour enfants -, permettent de mieux saisir que le Dieu normatif et menaçant de l'Alcoran (qui a par moment un petit côté omnisurveillance façon Tchéka) n'est pas sorti de l'esprit malade de quelques dévoyés, mais figure bel et bien dans une généalogie (certes profondément altérée depuis) de faits guerriers plus ou moins odieux au nom de la foi (Dieu punissant son peuple pour avoir épargné les femmes et les enfants de ses ennemis, par exemple). Rien n'est épargné pour relever, mais dans un premier degré délicieux (si bien qu'il est assez difficile de déterminer si ce Brick Testament s'entend comme une entreprise de saint zèle, d'information culturelle ou de sape sournoise), les archaïsmes de ce texte, jouant notamment avec les représentations visuelles de notre tétragramme favori.

En voici donc quelques extraits assez éloquents, notamment quant au jeu sur l'ambiguïté de la nature de Dieu (qui, vous le verrez, est ici représenté de plusieurs façons différentes selon les épisodes). Aussi stimulant que divertissant.

Suite de la notule.

David Le Marrec

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