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Autour de Faust - une balade sonore - Chanson de la Puce (3) : Berlioz

Nous abordons aujourd'hui le (célèbre) versant français.


Version entrée dans le domaine public, déjà proposée sur CSS, de Charles Münch pour RCA en 1954. Avec l'orchestre de Boston, et ici Martial Singher, aussi bien baryton-martin ayant exercé comme Pelléas que basse à la française pour ce Berlioz. Et par ailleurs excellent mélodiste, avec sa voix tout à la fois sombre et aiguë, chez les académiques du vingtième siècle. (Bien que délicieusement rétrograde, ce n'est pas libre de droits pour la plupart.)


Comme Wagner, Berlioz conserve les chansons de Goethe (scène de la Taverne d'Auerbach, à Leipzig) et leur autonomie dans le discours. La chanson de Méphistophélès, à l'origine pour ténor, constituait en effet la cinquième des huit Scènes de Faust, encadrée de dialogues parlés traduits de Goethe.

FROSCH
Donnez-nous une chanson.

MÉPHISTOPHÉLÈS
Tant que vous en voudrez.

SIEBEL
Mais quelque chose de nouveau.

MÉPHISTOPHÉLÈS
Nous revenons d’Espagne, c’est l’aimable pays du vin et des chansons.

[Une puce gentille, etc.]

SIEBEL
Ainsi soit-il de toutes les puces !


Ces scènes de Faust représentaient ainsi, plus qu'une mise en musique, une musique de scène pour les passages sonores prévus par le drame (pourtant à lire) de Goethe.

Dans la version opératique (mais en principe non scénique) de la Damnation de Faust, les récitatifs plaisants de Méphisto marquent d'emblée la cadence d'un univers plaisant et gouailleur, avec ce démon railleurs, mais si tendrement. Malgré la fin tragique inventée par Berlioz, Méphisto demeure très nettement l'initiateur de Faust, plus que son prédateur. Comme chez Goethe.

Les pizzicati [1], les trémolos sur le chevalet, les rythmes bondissants, les timbales moqueuses, les cuivres bouchés mi-inquiétants mi-grotesques, les trompettes triomphales sur les fins de phrase, les aigus glorieux, les accentuations sur les syllabes faibles ("gentille", "homme"...), la sècheresse des fins de ligne, tout concourt à l'édification d'une scène en décalage avec les attributions d'un diable, terriblement piquante - et terriblement communicative grâce à l'évidence mélodique.

Mais Gounod, lui, ne l'entendra pas de cette oreille.

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Prolongements :

Notes

[1] Mode de jeu sur des instruments à cordes traditionnellement frottées, mais ici pincées avec les doigts au lieu d'être actionnées par l'archet.

Prolongements :

  • Une introduction à la Damnation de Faust d'Hector Berlioz (livret de Berlioz d'après la traduction de Nerval, aidé pour certaines scènes par Almire Gandonnière).
  • Autres moments de notre série sur Faust.

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Commentaires

1. Le lundi 18 août 2008 à , par lou :: site

Une belle interprétation, nerveuse.
Que Méphistophélès ne chante pas vraiment en basse (qu'appelles-tu "basse à la française", c'est pour les ignorants comme lou et en plus, ça doit déjà être sur CSS ?), c'est encore plus inquiétant, qui devinerait ce qu'il y a sous le masque festif et convivial ?

2. Le lundi 18 août 2008 à , par DavidLeMarrec

Non, ce n'est pas encore sur CSS, mais il faudrait.

Je désigne par "basse à la française" les rôles de basse tels qu'ils sont écrits et chantés dans l'opéra français, c'est-à-dire qu'ils sont peu graves et assez aigus, avec un timbre clair. Ca ressemble fortement à des barytons - à ceci près que les barytons à la française sont encore plus clairs et aigus...

C'est assez propre à la France, c'est pour ça que je ne les classe pas sous la bannière habituelle basse chantante / baryton lyrique.

J'aime bien, oui, cette interprétation, cet opéra dispose de plusieurs enregistrements excellents.

3. Le lundi 18 août 2008 à , par lou :: site

C'est donc bien ce que j'ai entendu et que tu énonces clairement parce que tu le... vaux bien.
Merci, David.
Cet après-midi, j'ai fait mon savant pour démêler si Philippe Jarousski était une haute-contre ou un contre-ténor, d'autant qu'on partait d'un album tout en anglais où il était countertenor.
J'ai tout de même donné mes références, l'habitude.

4. Le mardi 19 août 2008 à , par DavidLeMarrec

Countertenor est terriblement ambigu, c'est un cas pratique vache. Et est-ce que ça t'a servi à quelque chose, finalement ?

Sur le répertoire et la technique, on ne peut pas se tromper, en principe. Mais...


(Et en plus tu me fais la pube, ici et même IRL, comme l'écrit mon camarade hope52era.)

5. Le mardi 19 août 2008 à , par lou :: site

Vache ? oui ! mais quand on connaît son DLM, fastoche !
N'empêche que pour Philippe Jaroussky [pardon pour l'erreur précédente, mais pour les noms propres, on considère traditionnellement qu'il n'y a pas de fautes], c'est pas évident. Sur Vivaldi, par exemple il descend, sans rupture, en voix de ténor. Et puis dans Farinelli, je sais qu'il y a un mixage des voix [et des erreurs de rumeur ici ou là, tout serait de Cecilia Bartoli - il y a bien un mixage, savant, de deux voix, celle de Philippe Jaroussky et celle de Ewa Godlewska --- tu peux confirmer ?], mais c'est très curieux parce que Ph J était très jeune, seize ans, non ?

6. Le mardi 19 août 2008 à , par lou :: site

Ah ! oui, enfin non, "IRL", je n'ai pas compris (irréel ?).

7. Le mardi 19 août 2008 à , par DavidLeMarrec

IRL, c'est "in real life" (pas franchement heureux comme concept, mais les djeun's ne sont pas tous philosophes de la médiation).


N'empêche que pour Philippe Jaroussky [pardon pour l'erreur précédente, mais pour les noms propres, on considère traditionnellement qu'il n'y a pas de fautes],

J'ai bien repéré ta technique imparable pour améliorer mon référencement, inutile de feindre !


Sur Vivaldi, par exemple il descend, sans rupture, en voix de ténor.

Vraiment ? Parce que dans tous les Vivaldi que je connais de lui, c'est purement de la voix de tête, donc contre-ténor / falsettiste (et pas du tout ténor). Ce qui est assez logique, puisque les rôles qu'il chante ne sont pas du tout des rôles de ténor.


Et puis dans Farinelli, je sais qu'il y a un mixage des voix [et des erreurs de rumeur ici ou là, tout serait de Cecilia Bartoli - il y a bien un mixage, savant, de deux voix, celle de Philippe Jaroussky et celle de Ewa Godlewska --- tu peux confirmer ?], mais c'est très curieux parce que Ph J était très jeune, seize ans, non ?

C'était Derek Lee Ragin, le co-chanteur de ce Farinelli, en fait. Maintenant, peut-être que pour le prochain film sur Moreschi, on réunira la voix de Bartoli et de Jaroussky, qui sait...

8. Le mardi 19 août 2008 à , par lou :: site

Merci de ton attention, David, j'espère ne pas t'ennuyer en poursuivant ce fil.
C'est vrai qu'avec les fautes, qui ne sont pas des fautes !, j'améliore ton référencement.
J'ai bien reçu ton chèque, mille fois merci, c'est trop, enfin donné c'est donné ;)

Pour Vivaldi, je peux me tromper, je dirais qu'il descend très bas en contralto, c'est à dire en ténor à tessiture haute et large ~~~ tu sais que je me tiens à ton enseignement.

Derek Lee Ragin, c'est un contre-ténor, sans discussion. Ce serait lui qui doublerait Ph J ?

Ce que je voulais dire, c'est qu'il y a un mixage de voix entre une haute-contre ou plutôt un contre-ténor et une soprano, parce que le meilleur falsettiste ne grimpe pas aussi haut. C'est référencé, ce n'est pas une intuition personnelle.

9. Le mardi 19 août 2008 à , par lou :: site

Le pire ou le mieux, c'est que tu as juste, c'est bien Derek Lee Ragin sur la bande son, c'est aussi avec Ewa Malas-Godlewska, je n'avais pas tout faux :)
Donc, Ph J est doublé, à ce très jeune âge de sa carrière ? et il y a bien un mixage savant entre deux voix ?

10. Le mardi 19 août 2008 à , par DavidLeMarrec

Merci de ton attention, David, j'espère ne pas t'ennuyer en poursuivant ce fil.

Au contraire, c'est même dommage de ne pas avoir prévenu le public des lutins lecteurs avec une affichette :

Lou spielt auf !




J'ai bien reçu ton chèque, mille fois merci, c'est trop, enfin donné c'est donné ;)

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Pour Vivaldi, je peux me tromper, je dirais qu'il descend très bas en contralto, c'est à dire en ténor à tessiture haute et large ~~~ tu sais que je me tiens à ton enseignement.

Ah, d'accord. C'est vrai que c'est un point que je n'ai pas abordé, parce que tout le monde ne peut pas le déterminer à l'oreille. Dans je parle de ténor, je parle bien de l'émission d'une voix de ténor, et pas de la tessiture ou de l'étendue. Effectivement, dans le grave, il atteint des hauteurs de ténor, mais pas du tout de la même façon !

Ce que je voulais dire, c'est qu'il y a un mixage de voix entre une haute-contre ou plutôt un contre-ténor et une soprano, parce que le meilleur falsettiste ne grimpe pas aussi haut. C'est référencé, ce n'est pas une intuition personnelle.

Oui, oui, tout à fait, j'ai juste rectifié ce qui était une légende urbaine liée à l'explosion de la carrière de Jaroussky, mais il y avait bien mixage de deux voix, dont celle de Godlewska. Ce n'est pas tant une question de hauteur (tout à fait accessible à un contre-ténor) que de ductilité, de puissance, de facilité. L'idée n'était pas mauvaise, parce que la voix de castrat devait véritablement se situer entre une voix d'enfant un peu blanche et une voix de femme, sans doute. Le choix de Derek Lee Ragin, en ce sens (même si très typé vocalement !), était une bonne idée.

Donc, Ph J est doublé, à ce très jeune âge de sa carrière ?

Il est doublé au sens où il n'a jamais été contacté pour participer à ce film. :-)

11. Le mardi 19 août 2008 à , par lou :: site

à l'oreille

Nous sommes donc en accord et il est vrai que si je chante mal, je ne chante pas du tout, ça fait peur aux chats, j'ai une bonne écoute.
Pour Ph J, je ne sais d'où vient mon erreur, il me paraissait vraiment jeune pour participer au spectacle.

Merci pour le paragraphe de référencement, je vois que toi aussi tu as reçu mon chèque ;)

A bientôt, David.

12. Le mardi 19 août 2008 à , par DavidLeMarrec

Ton info vient sans doute du fait d'une légende urbaine un peu optimiste - on prête toujours plus aux riches, comme tu sais.

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David Le Marrec


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