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Le piano français - type et discographie (3, Erik Satie)


3.4. Erik Satie (1866-1925)

rose-croix eric éric satie rosicrucien


CSS n'est pas placé au mieux pour parler de Satie.

Son piano, qui constitue l'essentiel de son oeuvre [1], contient quantité de citations, de parodies (la plus flagrante est celle de la marche funèbre de la Deuxième sonate de Chopin) ; le contenu musical, lui, tourne souvent en rond - les partitions sont plus drôles à lire, avec les indications très précises et absurdes, qu'à entendre, en fin de compte. Ou alors, il faut goûter un certain type de référence ; et, dans ses pièces les plus sérieuses, de contemplation.

Certes, son harmonie est résolument moderne, quoique pas du tout spectaculaire. Cependant, cela ne semble souvent mener nulle part, avec le ressassement à l'infini de la même trouvaille sur toute la longueur de la pièce - ce qui peut faire long.
Par ailleurs, le ton des différentes oeuvres est finalement assez homogène ; ou très badin et léger, ou d'une contemplation douce.

[1] A part Geneviève de Brabant (son opéra pour marionnettes), Parade et la Mort de Socrate, un peu de musique de scène et un peu de musique vocale, il n'y a pas grand'chose d'autre.

Quoi écouter ?

Peut-être plutôt les pièces religieuses et gothiques, plus sérieuses, qui recèlent de jolies choses.

Quelle version ?

Mieux vaut, à tout prendre, une intégrale pour trouver les pièces les moins anecdotiques - qui sont les moins fréquemment enregistrées - et surtout pouvoir mettre l'oreille sur quelque chose qui soit à son goût propre dans le lot. Malgré la grande homogénéité de ton et de couleur, Satie est l'un des compositeurs qui invente le plus de procédés subversifs dans la manière de concevoir la composition. Il n'est donc pas si inutile de disposer de tout sous la main (on peut emprunter), au moins pour connaître une fois.

L'intégrale Jean-Yves Thibaudet (Decca) est superlative ; toujours ce piano très sûr, presque léché, mais aussi un sens mélodique appréciation, et par-dessus tout une capacité à mettre en valeur les harmonies recherchées qui est très précieuse. Le sérieux qu'il y met rangerait presque définitivement ces pièces au rang d'une avant-garde incontestée, à l'abri des soupçons de fumisterie souvent exhumés pour parler de Satie (de façon très excessive, bien entendu).

A cette densité s'oppose la lecture bien plus floue du grand Aldo Ciccolini, longtemps considérée comme la référence. Beaucoup de pédale, moins de finitions, un oubli de la beauté purement musicale au bénéfice de l'anecdote. Modérément convaincante ; et il y manque des pièces redécouvertes depuis. [Parfois couplée avec une intégrale Debussy d'esthétique assez semblable.]

eric satie intégrale piano complete piano jean yves thibaudet

Enregistrements libres de droit

Rien pour la France, puisque les oeuvres d'après 1919 ne tomberont [mode d'emploi] dans le domaine public qu'en 2011. Et les autres en 2016.

En revanche, sachant qu'il existe une tolérance pour la publication de ses propres exploits, on ne peut que recommander la balade poétique de Didier da Silva autour de Satie. (Ne manquez pas non plus ses Couperin qui sont de petits miracles, tant je croyais jusqu'alors qu'il n'était pas possible de faire sonner ça sur piano.)

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A présent , nous arrivons, par ordre chronologique, dans des contrées sensiblement moins explorées.


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Commentaires

1. Le samedi 25 avril 2009 à , par Didier da :: site

Merci du lien. Mais vous seriez gentil de rendre son K à Erik, qui ne fut Éric Leslie Satie que pour le registre de l'état-civil (or vous n'êtes pas assermenté, que je sache...)
Plus drôle à lire qu'à entendre, certes ! Mais peut-on le lui reprocher ?
Quoi qu'il en soit, j'écoute au moment où je vous parle les Clairs de lune d'Abel Decaux (par Chiu), c'est très étonnant (je les avais déjà entendus, mais d'une oreille un peu distraite). Et j'ai passé hier soir un agréable moment avec les Heures dolentes (absolue découverte). Je vous le dois, donc cela me place au mieux pour souffrir que vous parliez de Satie en ces termes (révoltants pour un fan, vous l'admettrez).

2. Le samedi 25 avril 2009 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Didier,

Mais vous seriez gentil de rendre son K à Erik, qui ne fut Éric Leslie Satie que pour le registre de l'état-civil (or vous n'êtes pas assermenté, que je sache...)

Vous n'en savez rien !
Mais je peux le faire.

Je vous le dois, donc cela me place au mieux pour souffrir que vous parliez de Satie en ces termes (révoltants pour un fan, vous l'admettrez).

J'ai pourtant essayé d'appeler à mon secours toutes les ressources de pondération. Et j'ai abondamment réécouté du Satie hier, alors que j'étais très occupé. En fait, j'admire mon abnégation, je dois dire.

Pour les Clairs de lune, c'est un épisode très prochain, mais c'est de la folie, oui, surtout si l'on songe que Minuit passe a été écrit en 1900 ! C'est de loin le compositeur le plus moderne de son époque.

Quant aux Heures Dolentes, c'est délicieux, et c'est très agréable à jouer. Je fournirai la partition et celle de la Maison dans les dunes, puisque c'est libre de droits.

3. Le samedi 25 avril 2009 à , par adriaticoboy

Rien pour la France, puisque les oeuvres d'après 1919 ne tomberont [mode d'emploi] dans le domaine public qu'en 2011. Et les autres en 2016.


Désolé de n'intervenir ici que pour pinailler, mais tu aurais dû relire ton mode d'emploi avant de faire tes calculs. ;-)
Les oeuvres de Satie d'après 1919 (y en a-t-il beaucoup ?) étaient protégées jusqu'en 2004: 70 années après la mort du compositeur, plus 9 années pour la Seconde guerre mondiale.
Ce sont les oeuvres d'avant 1919, les plus intéressantes, qui tomberont dans le domaine public en 2011.


Sinon, je ne connais pas l'intégrale de Thibaudet, il va falloir que j'écoute ça. En attendant, plutôt que Ciccolini, je conseillerais d'abord celle du méconnu Jean-Joël Barbier, pourtant grand spécialiste du piano français, enregistrée au début des années 70 pour Accord. Voilà un pianiste au jeu limpide et intelligent, qui colle parfaitement à la musique de Satie. Certains choix de tempi, plutôt rapides, surprendront ainsi les auditeurs habitués aux sempiternels alanguissements romantiques plein de pédales qu'on nous sert trop souvent dans ces oeuvres.

4. Le samedi 25 avril 2009 à , par DavidLeMarrec

Salut Adriatico !
[Et je t'en prie, pinaille tout ce que tu voudras. ;) ]

Ah, pardon, je ne sais pas pourquoi, j'ai compté 75 ans (c'est 10 pour pour la Seconde guerre, sauf lorsqu'on prend les deux ensemble)...
D'où ça peut venir ? C'est la nouvelle durée des droits voisins pour l'Europe, non ?

--

Oui, je n'ai traité que les deux plus célèbres intégrales [le but de la série n'étant pas vraiment d'informer sur Debussy et Satie, mais enfin, il faut bien remettre les choses en perspective...].

Pour Barbier, tout à fait d'accord, ça déborde d'esprit, de style, et il exalte très bien les traits. Mais ça n'a été publié qu'en séparé, non ?

Et tant qu'on y est, il existe une quatrième intégrale (qui n'est pas mal, mais un peu gentille à mon goût), celle de Jean-Pierre Armengaud chez Mandala, spécialiste également du répertoire français.

Je ne te recommande pas Thibaudet si tu as déjà Barbier, c'est quand même bien plus 'international' et nettement moins spirituel. Il y a simplement les pièces supplémentaires découvertes depuis qui plaident pour lui...

5. Le samedi 25 avril 2009 à , par adriaticoboy

Ah, pardon, je ne sais pas pourquoi, j'ai compté 75 ans (c'est 10 pour pour la Seconde guerre, sauf lorsqu'on prend les deux ensemble)...


Tu arrondis large, non ?
Le CPI: "Les droits [...] sont prorogés d'un temps égal à celui qui s'est écoulé entre le 3 septembre 1939 et le 1er janvier 1948, pour toutes les oeuvres publiées avant cette date et non tombées dans le domaine public à la date du 13 août 1941."
Ça fait en gros 8 ans et 4 mois.


D'où ça peut venir ? C'est la nouvelle durée des droits voisins pour l'Europe, non ?


Au dernières nouvelles les eurodéputés se sont arrêtés à 70 ans, pour s'aligner sur les droits d'auteur.... Ce qui est un peu idiot, vu que ça ne démarre pas au même moment: après la mort pour les droits d'auteur, après la 1ère publication pour les droits voisins... La disparité est toujours énorme... Et, je crois que c'est aussi ton point de vue, il aurait sans doute été plus juste de réduire la durée des droits d'auteur, exagérément avantagés, au lieu d'étirer celle des droits voisins, qui était raisonnable...
Mais bien sûr ça se saurait si le législateur votait toujours des lois justes et raisonnables...



Pour Barbier, tout à fait d'accord, ça déborde d'esprit, de style, et il exalte très bien les traits. Mais ça n'a été publié qu'en séparé, non ?


Non, ça existe aussi en coffret: http://www.amazon.fr/dp/B00007DTI2
Mais en y réfléchissant, ce n'est pas une intégrale. Il n'y a que 4 CDs, alors qu'Armengaud, Ciccolini et Thibaudet en ont 5. Je vais regarder ça de plus près, pour voir ce qui manque exactement chez Barbier.

6. Le samedi 25 avril 2009 à , par DavidLeMarrec

Effectivement, j'ai dû être généreux par précaution (je trouve que donner le nom des dates au lieu de la durée est vraiment une idiotie sans nom).

Barbier est bien une intégrale, mais les tempi sont vifs (et il manque effectivement des pièces qui n'étaient pas découvertes comme on disait).

--

C'est s'aligner sur les droits d'auteur par principe, en effet... Mais ce n'est pas après la mort de l'interprète, Dieu merci.

On pourrait déjà discuter du concept de droit d'auteur en lui-même, mais en le prenant comme valide puisque personne ne veut revenir dessus : il est absolument idiot de prolonger les droits au delà de la mort du créateur. Alors, il y a l'argumentation de la pauvre veuve, dont le mari viendrait d'écrire le Boléro. Fort bien, fort bien, dans ce cas, qu'il y ait un minimum d'exploitation de vingt ou trente ans après la composition. Ou bien vingt années de durée après la mort de l'auteur. Mais soixante-dix ans, c'est n'importe quoi (dans bien d'autres pays, c'est à partir de la date de composition...).

Pour les droits voisins, ici encore on peut discuter, parce qu'un interprète est rémunéré pour le concert ou l'enregistrement, de façon beaucoup plus viable qu'un compositeur qui ne peut pas vivre que des sommes données pour ses créations ponctuelles. Mais disons que l'alignement sur le principe du jusqu'à-la-mort (ce qui est le cas à présent, et même plus, avec l'histoire des soixante-dix ans) ne me choque pas spécialement, puisque ce sera bien l'artiste qui en profitera.

Sauf que... les interprètes, en réalité, cèdent les droits aux producteurs, et ne touchent plus rien une fois le cachet (légèrement majoré, donc) perçu. Donc ça favorisera soit les grands noms prévoyants, soit les caisses des majors. Et là, je trouve ça moins indispensable, du coup.

Mais le vrai problème, à mon sens, reste la durée grotesque du droit d'auteur : il n'est pas possible de diffuser bien des musiques. Que l'interprète soit protégé, fort bien, mais qu'on puisse jouer des choses, lire des partitions, acheter des volumes à tarif non monopolistique, donner des concerts...
Pour que la mesure soit juste, il aurait fallu, pourquoi pas, augmenter la durée de protection des droits voisins (bien que, comme tu le disais, cinquante années me paraissent un compromis raisonnable), mais dans le même temps ramener celle des droits d'auteur à quelque chose de rationnel, qui ne couvre pas trois générations de petits-neveux et n'empêche pas la diffusion des oeuvres...

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David Le Marrec


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