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Opéra tribunicien


Ce petit incident, début avril, a étrangement été peu commenté dans les relais musicaux habituels que je lis, et aujourd'hui, on n'en trouve plus trace que chez des sites "militants" (alors qu'il a eu les honneurs d'une exégèse dans le Times), souvent contestataires à divers degrés de l'ordre médiatique ou politique établi.

(vidéo suit)

La source la plus fiable reste celle-ci, qui n'est pas complètement satisfaisante non plus, mais dont les informations sont en général relativement vérifiées, et qui cite les paroles rapportées dans le Times : http://www.lepost.fr/article/2011/04/19/2470773_sylvio-berlusconi-renverse-par-giuseppe-verdi.html.

Je ne suis pas très client des émotions de masse, des ostensions un peu trop complaisantes de patriotisme, ni de ce genre de confiscation de la parole politique par les artistes qui n'ont en général ni la légitimité ni la hauteur de vue pour aborder en profondeur ces questions.

Néanmoins, je m'avoue très impressionné par l'effet de communion qu'on perçoit dans ces images et ce récit, il y a quelque chose d'assez émouvant dans ce plaisir d'être ensemble, qui dit quelque chose de ce que peut être un beau sentiment d'appartenance (nationale ?).

Voici d'abord la vidéo :


Toutefois, je suis, avec le recul, un peu réservé sur cette histoire, à plusieurs titres.

=> La confiscation de la parole par le chef d'orchestre est en soi discutable : il prend au compte de ses convictions politiques tout le capital gagné par la musique sur un public qu'on imagine d'opinions diverses. J'imagine que certains spectateurs en désaccord avec son allocution ont pu sentir une forme de trahison par cette interprétation de leur écoute.

=> Le discours en lui-même est assez bancal, sans objectif précis, mais surtout trop long. Un tiers de longueur aurait été beaucoup plus percutant (et bien moins déplacé). Il pouvait dire qu'il invitait le public à participer à son bis et pourquoi (état du pays, ferveur de l'auditoire). Oui, sans doute que sa décision a été prise au fil de sa prise de parole... mais plusieurs minutes d'interruption au milieu d'un drame verdien, pour qu'un musicien livre ses opinions politiques (favorables au financement de la culture, on ne l'aurait pas cru...), était-ce tout à fait adéquat.

Cela, sur le cadre général. Ensuite viennent quelques considérations plus méfiantes.

=> Sur le son de la voix, très présent. Est-ce la prise de son ? Ou bien y a-t-il un système d'amplification dans ce "petit" opéra romain ? Et les techniciens étaient-ils informés, ou simplement d'accord avec le discours ? S'il n'y a pas eu amplification, par qui pouvait-il être entendu vu sa façon de parler ? Ce n'est pas pour bâtir une théorie du complot, simplement je trouve spontanément bizarre qu'un homme seul dans la fosse puisse être audible et accueilli ainsi par un tonnerre d'applaudissements (même si je ne vois pas d'autre explication à fournir).
Même chose pour le lancer de tracts, au demeurant - à la mode Senso. Est-ce régulier à Rome, ou une coïncidence, ou encore une connivence politique ? Et que contenaient-ils exactement, de qui émanaient-ils ?
Je ne trouve pas ce dispositif naturel, en fait : ce long discours, cette voix audible, ces applaudissements de claque, ces tracts. Cela ne veut pas dire qu'il soit factice, au demeurant, parce que le discours était trop décousu pour être écrit, et que si les Italiens sont sur ce chapitre comparables au français, ils applaudiront instinctivement un râleur, même s'ils sont en fait en désaccord avec lui.

=> Par ailleurs, les récits (sur des journaux un peu "alternatifs" ou "contestataires", donc) me paraissent assez enjolivés, à commencer par celui de Muti : je n'entends pas dans la retransmission, qui peut certes être trompeuse, le théâtre s'enflammer à chanter ce choeur. Il faut dire que c'est trop aigu pour une voix formée, et que ça réclame un peu de notions musicales pour repérer les voix plus basses, donc que ce n'est pas aisément chantable par des profanes, à moins d'en baisser la tonalité... donc logique.

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Je suis donc assez partagé, trouvant à la fois touchante cette communion et étrange la façon dont l'événement "politique" est organisé.

Sur le propos lui-même ? Je n'ai pas assez de données sur les comptes italiens ; je ne trouve pas illégitime de couper dans la culture par principe (a fortiori dans la "culture des élites"), mais tout dépend évidemment de la gestion des autres postes de dépense.

Juste quelques pistes ouvertes, donc, avec quelques jours de recul sur la soirée en question.


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David Le Marrec


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