Carnets sur sol

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Infatuation


DON JUAN
Il ne repasse pas, celui qui se surpasse
En s'arrachant sans cesse à l'habitude basse,
Et qui, n'obéissant jamais qu'à son instinct,
Fait dangereusement bondir un grand destin
Par-dessus toutes les morales sottisières !
Crois-tu que, transgresseur de toutes les lisières,
J'ai bien couru ma vie, hein ! sans règle et sans loi...

LE DIABLE
Je crois que tu lis trop ce qu'on écrit sur toi !

Tiré de :

Edmond Rostand, La Dernière Nuit de Don Juan, seconde partie, scène 1.

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On retrouve ici les caractéristiques du vers de Rostand, ses coutures (parfois épaisses), ses traits d'esprit fulgurants. Rostand est réellement l'homme de deux chefs-d'oeuvre d'envergure assez incommensurable. Dans le reste de sa (courte) production, le système fait voir toutes ses limites techniques, et ici aussi.

Néanmoins, le dispositif de ce Don Juan, avec sa nuée d'ombres et son diable montreur de marionnettes, doit être assez convaincant sur scène. Et l'avalanche d'humour de salon et de références parfois lourdes, qui semble en faire un drame sans objet, n'occulte pas la force de la construction générale : comme dans Don Giovanni, Don Juan monte au faîte de l'effronterie dans la première partie, puis glisse vers le fond de l'abîme et de la disgrâce dans la seconde, avec, chez Rostand, de très beaux jeux de rhétoriques. Dans les deux cas, la fin constitue une déchéance ambiguë, qui le consacre à la fois comme perdant et comme modèle immortel.

Le plus fort réside dans la conclusion qui illumine d'un coup toute la pièce, qui se relit alors bien plus volontiers qu'au premier passage : Rostand parvient à justifier d'écrire une pièce de trop (et sans grand panache) sur Don Juan (publication posthume en 1921, après que le mythe eut été dépecé jusqu'à l'os par les littérateurs de diverses trempes) par le seul exposé qu'il fait de sa damnation. Comme pour La Samaritaine, il y a là une forme de singularité très séduisante, qui rend la fréquentation de Rostand, même lorsque peu inspiré, précieuse.


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