Carnets sur sol

   Nouveautés disco & autres écoutes | INDEX (partiel) des notules | Agenda des concerts & comptes-rendus


Le classique et L'ARGENT – cross-over, meilleures ventes & autres modèles économiques du disque classique


Meilleures ventes : le mensonge

Qobuz, la meilleure source éditoriale pour les principales nouveautés classiques n'ayant publié que des playlists thématiques rétrospectives (Beethoven, Noël) pendant deux semaines, j'ai cherché une autre source bien hiérarchisée des parutions.

Quelles sont les meilleures ventes de nouveautés classiques chez la suivante de Penthésilée, ces jours-ci ?

#1 Vincent Niclo et les Prêtres orthodoxes.
[Pas du tout du classique, des boîtes à rythme totalement retravaillées en studio, avec compression dynamique, il y a simplement une technique de chant qui est partiellement de style lyrique – du cross-over, certes, mais même pas du cross-over contenant du « classique ». Erreur de classement.]
#2 André Rieu de Noël
[Cross-over classique / cantiques : des valses de Strauss et autres classiques favoris, mêlés avec des chants de Noël anglais accompagnés au synthé.]
#3 Gautier Capuçon « Émotions » (avec la Tour Koechlin dessus) ]
[Cross-over classique / chanson / BO. Pour bonne part des arrangements de thèmes hors classique, comme L'Hymne à l'Amour ou la BO de The Leftovers, le tout arrangé par Jérôme Ducros. Et des choses planantes comme Einaudi. Je ne trouve pas que le timbre très sombre et large, le jeu peu contrasté de G. Capuçon soit idéal pour l'exercice, au demeurant.]
#4 Philippe Jaroussky « La vanità del mondo »
[Récital lyrique. Le premier disque entièrement consacré à de la « musique classique ». Airs extraits d'oratorios baroques italiens très rares (Bononcini, Chelleri, Torri, Fago, A. Scarlatti, Caldara, Hasse et une seule piste de Haendel – pour le référencement ?).]
#5 Coffret Debussy 11 CDs « discothèque idéale Diapason »
[Coffret de musique classique. Le premier de la liste à contenir des œuvres intégrales. Mais je m'interroge sur le matériel d'écoute fourni (livret pour Pelléas) ?]
#6 Hauser « Classic Deluxe », arrangements divers
[Cross-over. Entre le classique et d'autres répertoires (piano planant, Caruso de Dalla et sur le DVD Pirates of the Caribbean, Game of Thrones…). Cross-over à l'intérieur même du classique au demeurant, puisque le violoncelliste interprète notamment le Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov, le Concerto pour clarinette de Mozart, un Nocturne de Chopin…
Au demeurant un très beau son, un travail sur le phrasé pour reproduire un effet « chanté », mais il est difficile de juger de quoi que ce soit tant le matériau est retravaillé en post-production, avec des effets de zoom et réverbération localisée sur le violoncelle ! Très belle finition pour du cross-over, je dois dire. La vidéo filmée à Dubrovnik sur les thèmes de Pirates des Caraïbes focntionne à merveille – même si les musiqueux dans mon genre sont tout de suite gênés par le difficile rapport visuel entre la réverbération de cathédrale et le jeu d'un instrument à cordes en terrasse par grand vent – qu'on n'entendrait donc presque pas en réalité. Ses vidéos de Noël, non incluses dans le DVD, où il est courtisé par des danseuses trémoussantes et court-vêtues en habit de saint Nicolas, sont beaucoup plus… perturbantes.]
#7 Kaufmann de Noël « It's Christmas »
[Cross-over. Chanteur lyrique, mais sur des chansons de Noël.]
#8 Tartini, Concertos et Sonates pour violoncelle piccolo (Brunello, Doni)
[Premier album de la liste consacré à un projet identifié, et contenant exclusivement du « classique ».]
#9 Takahashi (Yoko), Evangelion
[Pop. Chant amplifié accompagné de boîtes à rythmes, clairement le classement comme « classique » paraît discutable – ou plus exactement aberrant.]
#10 Muffat & Haendel par Flora Fabri (clavecin)
#11 Rossini, « Amici e Rivali » (Brownlee & Spyres)
#12 Auber, Ouvertures volume 3 (Philharmonique de Moravie, Dario Salvi)
etc.

Les plus gros succès ne sont donc pas du classique, ou pour certains partiellement du classique (mélangeant les styles ou adoptant des approches davantages « mises en scène »).

Sur les 10 premiers : 2 ne sont pas du tout du classique, 4 sont du cross-over (répertoire non classique avec des instruments ou chanteurs classiques, notamment), 1 est un récital fait de fragments d'œuvres, 1 est un gros coffret, et donc 2 seulements sont de véritables albums cohérents contenant des œuvres complètes !

Outre le sourire suscité (et la découverte de choses sympathiques, comme les films de Hauser à Dubrovnik, très jolis et il joue très bien), tout cela pose la question de la possibilité, pour un style musical qui, déjà pas le plus vendeur, n'est même pas le premier au sein de son propre classement des ventes… d'équilibrer ses comptes.




pavarotti_noel.jpg
Vendeur.




Suivez l'argent

Car les chiffres de vente du classique, même sur les gros labels, sont dérisoires – alors même que son public est globalement plus attaché à l'objet disque que les autres (plus vieux, quoi). Tellement de versions différentes des mêmes œuvres, pour un auditoire assez restreint numériquement.

Quand on voit CPO sortir des intégrales de compositeurs inconnus… Même la vingtaine de volumes de lieder du célèbre Carl Loewe, y a-t-il vraiment des amateurs de lied qui les achètent tous un par un ?  J'avoue en avoir écouté une demi-douzaine seulement, parce qu'il n'y a pas que ça à faire, même en restant chez CPO (facilement 3-4 nouveaux disques par semaine)… Comment est-ce viable économiquement, et ce depuis 35 ans… ?

Je n'ai pas vraiment de réponses définitives, mais au fil de lectures et de conversations, j'ai relevé quelques tendances que je partage avec vous.

Les labels ont plusieurs options :

        a) Embaucher les quelques très rares artistes qui font vendre des disques (Alagna, Kaufmann, Netrebko, Bartoli, Grimaud, les Capuçon…). Seules les Majors Universal (DGG & Decca), Sony et Warner en ont réellement les moyens. Ou s'appuyer sur quelques titres raisonnablement vendeurs, comme ce fut le cas pour Harmonia Mundi – dont le modèle économique a largement changé depuis la mort du fondateur (se tournant aussi vers le cas e), je ne suis plus trop sûr de ce qu'il en est à présent.

        b) Intégrer les pertes au sein d'un catalogue plus vaste, en conservant le secteur classique comme un domaine de prestige, de plus en plus restreint. Là aussi, essentiellement possibles pour les Majors, les frais de l'enregistrement d'une intégrale d'opéra étant à peu près impossibles à couvrir avec les ventes, même pour des affiches de prestige (le public pour un opéra complet est trop restreint).

        c) Considérer le label comme une fondation philantropique. Typiquement CPO, adossé à la boutique en ligne http.://www.jpc.de, présente dès les débuts de l'expansion de la vente classique en ligne, et dont le chiffre d'affaires doit permettre d'avancer une partie des financements – beaucoup de disques sont des enregistrements déjà réalisés par les radios, qu'il suffit de sélectionner et presser (avec, je suppose, une petite redevance, ou les radios publiques subventionnent-elles au contraire la diffusion de leur fonds ?). J'ai toujours supposé (sans jamais réussir à trouver de réponse précise) que CPO devait être un peu représenter la danseuse du patron de JPC, et qu'une partie des bénéfices étaient volontairement réinvestis dans cette œuvre de bienfaisance.

       d) Concevoir le disque comme un aspect supplémentaire de la communication d'une maison, d'un orchestre. Les labels d'orchestre se multiplient ainsi (captations déjà existantes pour la radio, et en tout cas concert de toute façon donné), offrant une visibilité inédite au London Philharmonic ou au Seattle SO, qui n'ont plus à attendre le bon contrat avec le bon label sur un projet spécifique pour être écoutés et admirés dans le monde entier. (Je suppose qu'il existe aussi un public local qui doit être fidèle et assurer un nombre de ventes minimum, par rapport à un disque d'un concert où on n'a pas été, avec un orchestre qu'on ne connaît pas.)

        e) Maintenir des coûts de production suffisamment bas pour amortir très tôt le prix d'une série et devenir prépondérant sur le marché. Politique de Naxos qui a pu devenir le n°1 aux États-Unis. Ils embauchaient des artistes inconnus (souvent des homonymes d'artistes célèbres, ai-je remarqué, je me suis toujours demandé si c'était le hasard des patronymes les plus banals ou une réelle volonté de confusion), leur payaient une indemnité forfaitaire dérisoire et vendaient le tout quasiment sans décoration ni livret. Cela a beaucoup changé, désormais les grands artistes s'y bousculent, les projets ambitieux aussi (intégrales d'opéra, grandes symphonies par des orchestres qui ne sont pas les plus célèbres mais certainement pas les plus mauvais !), là encore dans des répertoires très discrets où je vois mal comment l'amortissement est possible. Il y aurait des ouvrages entiers à écrire sur la question, des enquêtes journalistiques à mener, des thèses à préparer… Je n'ai accès à cet univers que par touche, et j'ai l'impression que chaque label ne sait pas complètement comment fonctionnent les concurrents.

        f) Recueillir les financements de producteurs extérieurs : collectivités publiques, mécènes, afin d'assurer l'équilibre financiers en amont de la commercialisation. Recevoir des subsides de la région de naissance du compositeur, de l'association liée à la mémoire du poète, au mécénat soutenant tels jeunes artistes…

        g) Et de plus en plus souvent, variante du précédent, servir de prestataire technique pour des artistes qui viennent non seulement avec leur projet, mais même avec l'argent de la production. Soit leur argent propre (le disque restant une carte de visite, un objet de prestige qui permet de se faire connaître et de se légitimer pour ensuite recevoir des engagements pour réaliser des concerts), soit des sommes elles-mêmes issues de subventions que l'artiste a préalablement sollicitées.




pavarotti_noel.jpg
Invendable.




Quels enseignements pour l'auditeur ?

Le disque classique reste donc un univers à part : à tel point une niche que même ses œuvres-phares et nombre d'interprètes bien identifiés ne peuvent suffire à rivaliser avec les ventes de disques plus ou moins lâchement assimilables à du classique. Et il est encore plus difficile d'en tirer un bénéfice ou simplement un équilibre, comme on peut s'en douter.

Document indispensable à la pérennité des œuvres aux oreilles de la plupart du public – même dans les grandes capitales musicales, on ne joue qu'une partie très limitée du répertoire discographique, même le plus usuel, à l'échelle d'une poignée d'années… –, le disque repose donc sur un équilibre tellement précaire (boudé de surcroît par les jeunes générations) que son avenir est difficile à entrevoir. Rééditer le fonds sous de gros coffrets qu'on vend en masse, comme l'ont essayé Brilliant Classics puis les Majors, aurait pu fonctionner… si l'on ne publiait plus du tout de nouveautés… et si le public classique était suffisamment conséquent pour acheter en masse.

Quant à l'économie du dématérialisé, les coûts restent beaucoup trop élevés, même avec abonnements (et ne parlons pas des solutions gratuites), tandis la rémunération des artistes par piste écoutée demeure dérisoire (sauf millions d'écoutes…).



Pourquoi cette notule qui ne révèle rien ?  Juste partager l'étonnement de voir les meilleures ventes occupées par du pas-du-tout-classique ou du partiellement-classsique, et le plaisir de causer un peu, au fil des miettes glanées çà et là, des modèles économiques du disque. Je n'ai pas de révélations ni de solutions à proposer. Pourtant, on n'a jamais publié autant, aussi varié (ni peut-être même aussi bon…) ; et dans le même temps on ne voit pas comme ce modèle pourrait rester pérenne. J'ai essayé de donner un aperçu de quelques conceptions économiques de l'objet. Je ne sais lesquelles survivront.

En attendant, il ne faut pas se priver de profiter de cette abondance absolument déraisonnable, qui permet aussi bien à chaque interprète de valeur mais confidentiel de graver son petit disque de trios ou de symphonies qu'à des œuvres rares incapables de remplir une salle d'exister, d'être à disposition, d'être réécoutables à l'infini. Le disque nourrit véritablement la connaissance, là où le concert célèbre la vie.

Profitons de l'Âge d'or du disque en attendant la renaissance de la musique vivante ouverte au public !


--

Autres notules

Index classé (partiel) de Carnets sur sol.

--

Trackbacks

Aucun rétrolien.

Pour proposer un rétrolien sur ce billet : http://operacritiques.online.fr/css/tb.php?id=3183

Commentaires

1. Le dimanche 10 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Je crois que je n'ai pas souligné explicitement ma surprise de voir arriver, comme premiers albums cohérents de musique classique dans le classement, des albums de musique baroque, et consacrés à des compositeurs pas démesurément célèbres : Tartini, Muffat, Matteis… !
(Matteis car l'album The Mad Lover par Langlois de Swarte & Th. Dunford était dans les TOP 15)

Je m'attendais à avoir quelques Beethoven par des artistes en vue, mais non. J'imagine que ça a été le cas pendant quelques semaines durant l'année écoulée, et que les ventes qui suivent Noël sont moins représentatives. Et cependant, étonnant. Il existe une communauté solide de mélomanes baroqueux (jadis courtisée par Harmonia Mundi) qui remplissent assidûment, on le voit, les concerts (même en province dans des salles pas très fréquentées par ailleurs)… et achètent des disques !

2. Le lundi 11 janvier 2021 à , par Antoine

Mon cher David, je partage votre début de dépression! Il en sera ainsi tant que l'ambiance générale se satisfera de la médiocrité et de la niaiserie répandues par ceux à la stupide prétention au ras des pâquerettes...

3. Le lundi 11 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Oh, il ne faut pas s'alarmer pour cela : il y a toujours eu de la musique légère, et ces albums ne sont même pas forcément mal faits : le Hauser pulse vraiment bien. (Beaucoup moins fan du Capuçon, du Rieu ou du Kaufmann.) C'est surtout amusant de voir que le classique se vend tellement peu qu'on inclut dans les meilleures ventes deux albums qui n'ont aucun trait commun avec le classique (ni l'effectif, ni le mixage, ni la technique vocale, ni la généalogie, ni le public, ni l'absence d'amplification, ni l'esthétique harmonique… vraiment rien).

Évidemment que les gens qui regardent ça de loin achètent les choses célèbres et présentes en tête de gondole, les « vus à la télé » et autres assertions rassurantes (pas d'œuvres entières, de la musique de film, etc.). Ce n'est pas bien grave – ça ne s'adresse simplement pas à nous.

Qu'ensuite on souhaite élever le public au niveau un peu plus exigeant d'autres musiques, pourquoi pas, mais ça dépend vraiment du mode de vie de chacun, tout le monde n'a pas le temps nécessaire à consacrer pour écouter de façon attentive une symphonie d'une heure et à la réécouter inlassablement pour en déceler les thèmes, à lire pour en appréhender la structure, à comparer les versions pour rencontrer l'équilibre juste… On ne peut pas exiger ça des gens qui travaillent la journée, ont une vie le soir, et potentiellement d'autres loisirs. Dans ce cadre, Rieu ou Hauser pendant qu'on fait de la voiture ou du bricolage, c'est très bien.

4. Le mardi 12 janvier 2021 à , par Antoine

David, en fait c'est beaucoup plus grave que vous voulez bien le dire. Autrefois (je ne le fais plus et ferme ma g.....), lorsque le sujet de la musique était abordée entre amis ou pas, je me disais qu'en faisant écouter une oeuvre infiniment plus raffinée que leur daube habituelle, les gens, parfois très cultivés par ailleurs, ne pourraient qu'adorer. Eh bien, non, à la deuxième mesure et dans la quasi totalité des cas, rejet total et définitif! Deux conséquences : impossible de sortir de la niaiserie musicale habituelle qui nous est déjà imposée partout ou presque, et d'autre part, si nous ne sommes plus qu'une poignée à apprécier la tétralogie, vous croyez qu'elle continuera à être montée pour nous seuls?

5. Le mardi 12 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Je suis prêt à parier qu'en nombres absolus, on n'a jamais été aussi nombreux à adorer Wagner : entre les disques (et leur prix !), la montée du niveau des orchestres, les retransmissions, les sites de flux et de téléchargement, les plateformes interactives type YouTube… chaque mélomane intéressé et de bonne volonté peut s'en gaver à loisir. Je ne crois pas que ce type d'œuvre ait jamais été un produit de consommation de masse, de même qu'au XVIIe siècle la musique ambitieuse était simplement ouïe à la messe (aujourd'hui au cinéma) et chez les aristocrates, ou qu'au XXe seule une petite coterie de fanatiques passionnés se sont pris de passion pour les expérimentations sérielles… Même Brahms, même Debussy, c'est déjà une musique qui pense aux musiciens.

Il n'y a que pour certaines formes populaires du XIXe siècle, comme l'opéra italien (type Rossini ou Verdi) qu'on ait sans doute perdu en popularité dans les franges moins éduquées ou mélomanes de la population. Mais comme la démographie a augmenté et l'accès à l'éducation aussi, on doit être numériquement bien plus… et donc toujours à même de remplir les salles !

Si on compare la taille des salles (limitée à cause du coût, de l'urbanisme, de l'acoustique) et le nombre d'habitants, je crois que le problème est plutôt le manque de place dans les salles que la saturation, quand il s'agit d'emblèmes comme Verdi ou Wagner ! Même en France. Même en province.

Ne vous affolez donc pas.

Par ailleurs, pour ce qui est de convaincre des gens en leur faisant écouter, je ne m'y essaie même pas, c'est trop personnel, trop intime. Il faut répondre à une demande (ou éventuellement surprendre en laissant traîner un fond de belles choses qui peut chez certains susciter la curiosité), sinon ça ne fonctionne pas.
Moi le premier, si on m'impose une symphonie soviétique un jour où ce n'est pas mon humeur, ça va clairement m'indisposer dès les premières secondes. :)

6. Le mardi 12 janvier 2021 à , par antoine

David, marrant, mais j'ai presque l'impression contraire. Avant le disque, il est évident que la musique "savante" était réservée à un tout petit nombre (encore qu'à l'époque, les gens faisaient eux-mêmes peut-être davantage de musique) tandis que maintenant, on peut se pourvoir en cd "classiques" à un prix moindre que le dernier tube à la mode. J'ai vu, il y a quelques années, le plus réussi des enregistrements d'operas, pourtant en mono, la Tosca, version de Sabata, en vente pour deux ou trois euros ou même francs, je ne me souviens plus de ce détail, dans un supermarché entre les carottes et les chaussettes : Devinez ce qu'"ils" achètent?
ps Même une symphonie de Shosta vous mettrait de mauvaise humeur?

7. Le mardi 12 janvier 2021 à , par Benedictus

le plus réussi des enregistrements d'operas, pourtant en mono, la Tosca, version de Sabata [...]
Même une symphonie de Shosta vous mettrait de mauvaise humeur?


Une seconde, David: j'attrappe le pop-corn et je viens lire ta réponse.

8. Le mercredi 13 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Antoine !
(bonjour vilain Benedictus)

« (encore qu'à l'époque, les gens faisaient eux-mêmes peut-être davantage de musique) »
→ Là aussi, il faudrait s'entendre sur ce dont on parle. Au XIXe, oui, la bourgeoisie supérieure avait un piano et jouait les airs à la mode en famille. Mais en valeur absolue, je pense que, la population ayant sensiblement augmenté et l'accès aux études musicales s'étant étendu à quasiment toutes les couches sociales, on pratique sans doute plus, au moins en valeur absolue. (En proportion, je n'en ai aucune idée, pour être honnête.)

« J'ai vu, il y a quelques années, le plus réussi des enregistrements d'operas, pourtant en mono, la Tosca, version de Sabata, en vente pour deux ou trois euros ou même francs, je ne me souviens plus de ce détail, dans un supermarché entre les carottes et les chaussettes : Devinez ce qu'"ils" achètent? »
→ C'est parce qu'ils l'ont déjà dans la bibliothèque familiale depuis 1953, je suis sûr. :)
Plus sérieusement, les gens achètent ce qu'ils ont envie d'écouter, c'est rassurant. Imaginez la terrible dystopie si l'on ne pouvait écouter les répertoires qu'en fonction du prix des disques ! Ce qui n'est pas sous droit est moins cher, tout simplement. Les nouveautés classiques (qui se vendent mieux, même les très bonnes, que ce qui n'est ni patrimonialisé ni nouveau) elles aussi sont chères.
Après, aujourd'hui, l'argent n'est qu'une question de confort en musique, puisqu'on peut tout écouter légalement et gratuitement en flux sur Deezer, Spotify (et même YouTube qui a passé pour partie des accords de rémunération avec les grands labels). Donc les gens achètent vraiment ce qu'ils aiment / ce qu'ils connaissent / ce qu'ils croient aimer, peu importe : je crois qu'il ne faut pas relier le prix à la qualité ou au désir d'achat, en matière de musique. La rationalité du prix de vente répond à d'autres critères, liés au développement économique (ou à la survie, suivant les cas) des entreprises concernées.

« ps Même une symphonie de Shosta vous mettrait de mauvaise humeur? »
→ Oui, typiquement le genre de chose que je n'aimerais pas qu'on m'impose : une musique qui puise sa force dans des affects négatifs (plutôt violence et désespoir chez Chosta), qui aime les aplats (donc les moments où il n'y a pas la possibilité de s'échapper en écoutant les détails), ça peut clairement m'imposer un malaise, une sensation de claustrophobie en milieu ouvert, si on me contraint à l'écouter quand je suis mal disposé.
D'autant plus, que dans les 15 symphonies de Chosta, il n'y en a pas beaucoup que j'aime réellement. Il y a des beautés partout, mais j'ai du mal à me passionner pour ce discours cabossé à propos duquel je me demande trop souvent « pourquoi ? ». Je n'ai pas ce problème avec tous les Soviétiques (clairement, Popov, on peut m'en gaver à loisir), mais vu l'intensité de ces musiques, je n'apprécierais pas qu'on me l'impose. Alors que de la musique de film ou de la pop grand public, on me le met en fond, mon cerveau filtre très facilement.
Pour finir, et ceci vous effraiera davantage : il y a pas mal de musiques amplifiées / faciles / médiocres que j'aime nettement plus que certaines grandes symphonies du répertoire – parce que notre goût est ainsi fait qu'il n'épouse pas toujours une logique parfaite. Je donne sans difficulté la Pastorale de Beethoven pour Fuimos de Dames & Manzi ou A Case of You de Mitchell, la Quatrième de Chosta pour The Deadwood Stage de Cahn ou The Wizard and I (un tube de la comédie musicale pour adolescentes Wicked), la Huitième de Bruckner pour Le Prisonnier de la Tour ou Hot Stuff de Davichi (k-pop)… C'est ainsi, certaines choses me touchent plus que d'autres, et je ne voudrais pas qu'on m'impose la seule symphonie de Bruckner que je n'aime pas (encore), un jour où je ne suis pas disposé, alors qu'il faut davantage d'effort pour y accéder.

En revanche, là où je vous rejoins, c'est que ce sont des œuvres dont le foisonnement permettent qu'on y retourne sans cesse. Et bien sûr, du fait du format, quand j'ai écouté trois fois Hot Stuff, j'aspire à passer à autre chose, tandis que même si je n'aime pas (encore) la Huitième de Bruckner, je découvre du neuf à chaque fois que je mets le nez dedans, et je sais que je pourrai en retirer des choses pendant les années à venir.

J'espère que vous ne serez pas trop effrayé de ma petite provocation – tout à fait sincère néanmoins, je n'ai pas exagéré la réalité de mes goûts étranges.

David

9. Le mercredi 13 janvier 2021 à , par Antoine

David, je botte en touche au sujet des "trucs" que vous citez et inconnus de moi, sauf et heureusement la divine huitième de Bruckner. Par ailleurs, en parlant du prix des cd, je voulais signifier qu'il est parfois coutume de dire que la musique savante est une affaire de moyens et ainsi réservée aux classes supérieures et que cette opinion est fortement contredite par l'accès facile et à très peu de frais au raffiné. Curieux que vous tapiez sur Shosta qui savait tout faire (comme aussi Proko) et a même fourni de la zizique pour tous les pékins comme sa valse ou son concerto pour piano.

10. Le mercredi 13 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Vous avez forcément entendu, Antoine, sinon, A Case of You, au moins Le Prisonnier de la Tour dans sa version Édith Piaf, sur le poème de Blanche. Et même assez probablement la Pastorale de Beethoven, une très jolie musique de fond descriptive pour documentaire qui a fait fureur dans les années 1800.

Tout à fait, cette légende de la musique classique réservée à une élite financière est tout à fait fausse. C'est plutôt, en réalité, le niveau d'éducation qui fait la différence – probablement parce que dans cette classe sociale, la dimension intellectuelle et abstraite de la chose (la forme des longs morceaux, les références littéraires…) est davantage valorisée. J'avoue que dans les milieux que je fréquente, personne ne se moque jamais de moi quand on découvre que j'écoute de la musique classique – c'est au pire du respect, voire une vague envie (« il est versé dans les vrais trucs exigeants Le Marrec, alors que moi je me noie dans les satisfactions faciles »). Donc il y a bien un effet « de classe », mais plutôt lié au niveau d'éducation qu'aux revenus. Typiquement, dans les salles de concert, on croise beaucoup de profs et de médecins, moins de cadres dynamiques qui ont des salaires mensuels à cinq chiffres – sans doute parce que ce rapport au temps est moins valorisé dans ce milieu.
(Hypothèses que tout cela, je décris superficiellement ce que je vois en me promenant dans les salles de concert ou en parlant avec des mélomanes en personne ou en ligne.)
Vu que le classique est subventionné, la question de l'argent ne se pose pas vraiment : beaucoup de disques sont amortis et vendus à vil prix, les places de concert sont financées par les collectivités locales… On peut aller voir des opéras pas trop mal placé pour 25€, là où le même type de place en coûterait 70€ dans les musiques amplifiées (parce qu'il n'y a pas autant de subventions, parce qu'il y a plus de demande et moins de concurrence lorsqu'un groupe est célèbre)…

Je ne tape nullement sur Chostakovitch, dont j'aime énormément un certain nombre de choses (certaines symphonies, comme la Cinquième ou la Dixième ; le Premier Trio, le Quintette ; les Quatuors 6,7,8,9,15 ; les opéras et en particulier le premier Interlude du Nez…). Je réagissais à votre expérience d'essayer de faire écouter et de ne pas susciter l'adhésion : clairement si on me propose un bout de symphonie de Chostakovitch comme ça, à froid, un jour où je ne suis pas disposé, je ne serai pas forcément séduit.
C'est une musique d'une certaine façon intrusive, qui mobilise massivement des affects qui ne sont pas neutres ni légers, il faut être dans la disposition d'accepter l'expérience. Plus facile avec l'impact physique du concert, par exemple – mais il faut que les impétrants soient suffisamment motivés (et réceptifs à ce type d'esthétique). Même dans l'univers du classique, Bruckner et Chostakovitch, c'est pas pour tout le monde – suivant les inclinations générales de chacun vers tel ou tel aspect de la musique.

11. Le jeudi 14 janvier 2021 à , par Antoine

Ben oui, David, mais il y tout de même un rapport entre éducation et niveau de vie, au moins statistiquement. Si le cadre dynamique vient d'un milieu modeste, il est probable qu'il ne nourrira que pauvrement son oreille, même si j'ai été parfois surpris de découvrir que des gens de haut niveau apparent pouvaient presque prendre Bach pour un peintre. Il ne s'agit pas de vous faire absorber du Shosta en intraveineuse mais qu'au contraire, chez lui, on peut trouver de l'adapté au moment.

12. Le jeudi 14 janvier 2021 à , par Linaa

Messieurs,
Je ne sais pas si mon témoignage peut vraiment apporter quelque chose à votre (intéressante) discussion, mais je prends la liberté d'intervenir.
J'aime, profondément, la musique baroque depuis mon adolescente. Jeune adulte, j'achetais beaucoup de disques (enfin, beaucoup par rapport à mes finances), et j'écumais et je tentais d'écouter les nouveautés. Cette tendance a assez largement disparu aujourd'hui. Les hasards de la vie on fait que j'ai eu, à mon grand regret, beaucoup mois de ressources (financières et autres) à consacrer à la musique, et je me suis pendant quelques années limitée à ma discothèque existante, un peu augmentée de ce que je pouvais glâner lors de mes infréquentes visites en bibliothèque. D'autres hasards encore m'ont privée de ma discothèque, ce que j'ai largement compensé par l'usage d'Internet. Je me souviens des débuts de la popularité de Youtube, et de l'arrivée progressive de la musique classique au fil des partages, des vidéos téléchargées à la hâte avant qu'elle ne soient supprimées pour des raisons (légitimes) de droit d'auteur. Quand j'aimais vraiment vraiment un disque, je l'achetais en version numérique sur Amazon. Aujourd'hui je ne le fais même plus, car la plupart de ce que je veux écouter se trouve déjà dans l'abonnement prime (que je possède pour d'autres raisons, je ne veux pas leur faire une publicité imméritée). Maintenant que ma situation est un peu stabilisée, j'envisage de récupérer mes CD pour les petites raretés de ma collection qui méritent d'être numérisées (ce qui nécessitera l'achat d'un appareil car je ne possède même plus de lecteur), et je réfléchis à d'autres moyens de soutenir économiquement le milieu de la musique classique.
Je pense que cette situation (qui est assez largement partagée autour de moi, je ne connaît plus personne qui achète vraiment des disques) est peut-être liée aussi à une évolution dans la façon d'écouter de la musique; je mets de plus en plus de musique en arrière plan pendant que je fais autre chose (même si je garde des phases d'écoute totale au casque), et parfois je lâche même la bride et je laisse même l'algorithme décider de ce que je vais écouter ensuite. Je reconnais en plus qu'il a fait bien des progrès; bien que ses choix ne soient pas toujours satisfaisants, cela fait bien longtemps que je ne me suis pas précipitée en râlant sur mon ordinateur pour éteindre tout de suite car il avait eu la mauvaise idée d'enchaîner du Verdi alors que j'étais tranquillement plongée dans le monde de délicatesse des airs de cours de Lambert. De plus, youtube permet aussi de regarder des versions de concert ou de scène, et vu que je possède pas de téléviseur, j'avoue que c'est souvent bienvenu (malgré les 2 secondes de décalage de son quand on utilise une enceinte bluetooth, ce qui oblige encore à l'utilisation du casque car cela me rend dingue).
Enfin, youtube me permet aussi d'écouter des trucs dans lesquels je n'aurai jamais dépensé un centime : je confesse qu'il m'arrive aussi d'aimer Hot Stuff, et la BO du seigneur des anneaux, et de la fausse musique traditionnelle chinoise...

13. Le jeudi 14 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Antoine,

C'est vraiment variable selon l'implication culturelle de la famille. Des gens modestes placent cette priorité très haut ; effectivement, dans les classes aisées, il y a proportionnellement plus de codes sociaux maîtrisés et de facilité à s'impliquer dans la culture valorisée socialement, bien sûr.

La musique est de surcroît vraiment à part : je suis toujours frappé de voir des gens érudits en philosophie, ayant lu tout Proust et tout Balzac, amateurs éclairés de peinture et d'architecture… qui ne connaissent absolument rien à la musique « patrimoniale ». Clairement, il s'agit d'une niche dans la niche. (Inversement d'ailleurs, beaucoup de mélomanes ne sont pas forcément de gros lecteurs / des piliers de musée, etc.)

On ne peut pas avoir de temps pour tout, et c'est parfaitement légitime, mais mon hypothèse reste que la musique rend plus difficile l'exploitation sociale de l'activité : dans une expo, on peut se donner rendez-vous et parler d'autre chose, ou commenter ce qu'on voit (il y a des bonshommes, ou au minimum de formes avec lesquelles on peut jouer) ; dans un livre, au minimum on peut se raconter l'histoire, une ou deux idées principales…
Quand on va voir une symphonie ou un quatuor, difficile d'échanger sur l'hyperchromatisme ou la subversion de la forme sonate si l'on n'est pas un peu informé des deux côtés… Typiquement, pour un homme politique, on ne peut pas trop tirer un symbole fort d'une symphonie de Mozart comme d'une expo de peintures sur la liberté des peuples ou l'émancipation sociale…

Oui, tout à fait, je parlais seulement des symphonies de Chostakovitch (elles-mêmes assez variées). Sur l'ensemble de son catalogue, on peut trouver de quoi servir des occasions très différentes : ses opéras inachevés bouffons (Le Grand Éclair, Le Joueur), son piano dépouillé, ses lieder grinçants, ses symphonies oppressantes, ses quatuors introvertis, ses suites de danse d'ambiance… Quand même pas ce que je choisis le plus souvent, mais il y a des pépites que je ne dédaigne pas d'écouter et réécouter.

14. Le jeudi 14 janvier 2021 à , par DavidLeMarrec

Bienvenue Linaa !

Généreuse disposition que d'acheter les disques pour soutenir les artistes ! C'est assez compliqué pour bien faire : souvent les labels paient une avance sur droits aux artistes (avec un seuil de ventes pour plus ample paiement qui n'est à peu près jamais atteint) voire, comme Naxos, achètent les droits des artistes en leur versant une sorte de forfait (c'était en tout cas le cas dans les années 90, vu leurs partenariats prestigieux désormais, ce n'est sans doute plus le cas)…

Le meilleur moyen de leur venir directement en aide est probablement de participer à leurs sessions de financement participatif, lorsqu'il y en a, ou d'être généreux au chapeau pour les concerts. Pour les artistes mieux établis, je ne sais pas trop comment il faut faire.

Pour ma part, je connais beaucoup de gens qui achètent des disques, mais effectivement, déjà dans ma génération (trentenaires), c'est réservé à une minorité d'esthètes qui gagnent bien leur vie. Et pour ceux qui sont plus jeunes, qui ont grandi avec Internet, les sites de flux, YouTube, quasiment plus personne en effet.
Il faut dire que la possibilité d'écouter à volonté dans un catalogue immense est particulièrement satisfaisante, je m'y suis très volontiers converti – quand on a tendance à varier beaucoup ses écoutes, ça change tout !

(Je recommande 8282 chez Davichi, la musique est sympathique mais la narration du clip très réussie. J'ai moins aimé le reste de la production du groupe – mais c'est l'un des rares qui fasse échapper aux bizarres fantasmes d'écolières languissantes ou de profes lascives, ce qui soulage un peu.) Moins client du Shore du Lord, en revanche son opéra The Fly était une grande réussite, beaucoup plus exigeante musicalement et tirant les leçons du meilleur de la musique (tonale) du XXe siècle. Un peu comme 1984 de Maazel, pour situer.
Quant à la musique traditionnelle chinoise revue par les orchestres occidentaux maoïstes (!), c'est d'un goût infâme mais vraiment pas déplaisant à écouter… j'y ai sacrifié aussi, jamais abondamment, mais bien volontiers à l'occasion.

Merci au flux !

15. Le mardi 13 juillet 2021 à , par Diablotin :: site

Bonjour David,

Cette très intéressante notule m'avait échappé lors de sa publication. Globalement, le marché du disque des "nouveautés classique" se porte mal : c'est assez évident, il s'agit, à la base, d'un marché de niche très réduit, et de nombreux mélomanes qui ont une discothèque déjà un peu fournie ne sont pas assez passionnés pour amasser quantité de versions d'une oeuvre, ou pas assez curieux pour ouvrir leurs horizons s'ils considèrent avoir fait le tour de la question avec un répertoire de bas, fût-il un peu élargi à un disque d'anthologie de lieder de Loewe, par exemple...-. Or, comme les labels "indépendants" sont essentiellement et de plus en plus souvent positionnés sur la niche de la niche, il est évident que leurs prévisions de vente sont fondées sur des prévisions très minimes et des ventes réalisées relativement marginales : c'est tout à leur honneur de persévérer !
Il paraît évident que les nouveaux modes de "consommation musicale" vont peu à peu tarir le marché des nouveautés : les plus jeunes générations n'ont aucune idée de ce que peut représenter un disque, sauf à être un objet encombrant si on en a une certaine quantité : je le vois bien avec mes enfants, qui écoutent de la musique quotidiennement mais ne possèdent quasiment aucun disque, voire aucun pour les deux plus jeunes, et n'ont guère d'exigence quant à la qualité sonore de reproduction ou à la politique éditoriale -alors qu'ils ont été éduqués dans un milieu de "collectionneurs de disques" attachés à un minimum de qualité sonore...-.

Pour autant, le marché des rééditions reste encore relativement actif, et les majors n'hésitent pas à ressortir, souvent avec une belle ligne éditoriale, de massifs coffrets anthologies à prix relativement fracassé, et c'est là que se situent en réalité les meilleures ventes. A titre indicatif, le "plus gros coffret de l'histoire de la musique" -tirage limité à 2500 exemplaires-, dont je te laisse deviner duquel il s'agit, s'est rapidement et massivement vendu, il est désormais épuisé et ne sera sans doute pas réédité.

Il faudra attendre la quasi-disparition du CD pour qu'une retour nostalgique vers le passé en redynamise les ventes : après tout, c'est actuellement le cas pour le LP ! En attendant, que de bonnes affaires à faire !

Bonne journée !

16. Le mardi 13 juillet 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Diablotin !

Oui, pas mal de problèmes structurels se télescopent :
→ par essence, petits contingents (la plupart des œuvres s'écoutent mal en musique de fond, il faut être un peu intéressé) ;
→ les nouveaux modèles de diffusion, dématérialisés, n'ont pas entraîné un ré-équipement comme pour le passag au CD, les œuvres du grand répertoire sont donc déjà très bien documentées, tandis que les nouvelles versions s'empilent ;
→ le public a été biberonné avec l'idée que l'histoire de la musique s'expliquait avec une poignée de grnads noms et que le reste était mineur, donc même si les œuvres sont nouvelles, peu d'auditeurs ont l'idée ou la motivation pour franchir le pas ;
→ la diffusion en flux a une rétribution ridiculement basse pour les éditeurs (et en bout de chaîne pour les artistes).

Pour autant le disque n'est pas condamné : il reste un objet de prestige, une preuve de compétence et de désirabilité, une carte de visite qui sert ensuite à obtenir des engagements pour des concerts. Un certain nombre de labels fonctionnent d'ailleurs comme des prestataires qui produisent un disque et de la promo… une fois le financement apporté par l'artiste (que ce soit par subvention, par mécénat, ou par ses sous). Ces labels n'ont donc rien à perdre si les disques ne se vendent pas, et les artistes ne comptent pas non plus là-dessus pour gagner leur vie, mais sur les cachets, l'enseignement, les interventions pédagogiques, le régime de l'intermittence…

je le vois bien avec mes enfants, qui écoutent de la musique quotidiennement mais ne possèdent quasiment aucun disque, voire aucun pour les deux plus jeunes, et n'ont guère d'exigence quant à la qualité sonore de reproduction ou à la politique éditoriale -alors qu'ils ont été éduqués dans un milieu de "collectionneurs de disques" attachés à un minimum de qualité sonore...-.

Je dois être plus âgé qu'eux, mais il est vrai que (sauf cadeau, notice passionnante indisponible en ligne ou acte militant) je ne n'achète quasiment plus de disques depuis des années… ma discothèque est ridiculement réduite (elle reflète mes explorations de quand j'avais 20 ans…), et si tu savais sur quel système de reproduction ridicule j'écoute mes six heures de musique par jour…
Il y a bel et bien un effet de génération – les plus jeunes, j'en ai parlé avec certains, voient à peine ce qu'est un CD « le truc rond avec un trou, comme lorsque tes (grands-) parents écoutaient de la musique » –, mais aussi la puissance des nouveaux modes de mise à disposition. Investir dans une heure de musique quand on peut avoir toutes les versions d'une œuvre, tout le catalogue d'un compositeur accessible gratuitement ou pour un prix mensuel inférieur à celui d'un seul disque… Ça change clairement les modes de consommation, du moins pour les mélomanes très actifs, qui pouvaient être très dépensiers en la matière – je le fus. (Avant que mes goûts ne deviennent décidément trop bizarres et mes désirs de découverte bien trop transversaux pour être étanchés au rythme de mes acquisitions…)

Et en attendant que le modèle ne bascule totalement, oui, il n'y a jamais eu autant de parutions de CDs, sur des répertoires aussi vastes, peut-être même jamais eu autant d'interprétations d'aussi haute qualité (ça dépend des répertoires, mais le niveau instrumental du moindre orchestre pro est devenu progressivement assez hallucinant depuis la dernière paix d'Europe…), et à des prix aussi doux.
Gobergeons-nous en patientant avant la fin du monde – qui, si j'en crois tous les synopsis de zombie-movies, ne saurait tarder !

Merci encore pour tes rebonds !

David

17. Le mardi 13 juillet 2021 à , par Yves :: site

Tu fais erreur
Le hit streaming de Qobuz est disponible en permanence à cette adresse :

https://www.qobuz.com/fr-fr/shop/classique/download-streaming-albums

C'est peut être pas le hit qu'on pourrait espérer mais c'est mieux.

18. Le dimanche 18 juillet 2021 à , par DavidLeMarrec

Bonjour Yves !

Je parlais de la liste des nouvelles parutions, que je consulte attentivement (très riche et bien organisée, même si elle n'est pas exhaustive), et qui, fin décembre / début janvier, était occupée par des mises en avant des albums de Noël et des parutions Beethoven de l'année.

Et en la cherchant, j'ai trouvé cette liste étrange des meilleures ventes qui a motivé cette notule. Oui, bien sûr, il y a le top du flux Qobuz qui est plus parlant… (Cela dit, le profil qui écoute Qobuz en flux doit être très spécifique, et vu les étiages en matière d'écoute de classique, il est facile là aussi d'obtenir des résultats étranges si peu que l'interprète ait une famille nombreuse !)

Quoi qu'il en soit, merci pour la précision !

David

Ajouter un commentaire

Le code HTML dans le commentaire sera affiché comme du texte.
Vous pouvez en revanche employer la syntaxe BBcode.

.
David Le Marrec

Bienvenue !

Cet aimable bac
à sable accueille
divers badinages :
opéra, lied,
théâtres & musiques
interlopes,
questions de langue
ou de voix...
en discrètes notules,
parfois constituées
en séries.

Beaucoup de requêtes de moteur de recherche aboutissent ici à propos de questions pas encore traitées. N'hésitez pas à réclamer.



Invitations à lire :

1 => L'italianisme dans la France baroque
2 => Le livre et la Toile, l'aventure de deux hiérarchies
3 => Leçons des Morts & Leçons de Ténèbres
4 => Arabelle et Didon
5 => Woyzeck le Chourineur
6 => Nasal ou engorgé ?
7 => Voix de poitrine, de tête & mixte
8 => Les trois vertus cardinales de la mise en scène
9 => Feuilleton sériel




Recueil de notes :
Diaire sur sol


Musique, domaine public

Les astuces de CSS

Répertoire des contributions (index)


Mentions légales

Tribune libre

Contact

Liens


Chapitres

Archives

Calendrier

« janvier 2021 »
lunmarmerjeuvensamdim
123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031