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Comprendre Lang Lang

Beaucoup de choses en préparation, et une notule un peu vaste qu'on souhaitait laisser lire paisiblement aux lecteurs de CSS.
Aussi, pour ce soir, ce sera amusette au programme.

Pianiste qui fut très mal accueilli par la critique lors de son intrusion dans les plus grandes salles d'Europe, par ailleurs (inexplicablement) protégé par Barenboim. On a soupçonné Deutsche Grammophon, peut-être pas sans fondement, de compter sur le marché national chinois pour y vendre cette fierté locale, quitte à dépiter un peu le public euro-américain, qui n'aura qu'à se ruer sur le dernier disque aventureux de l'intrépide Maria João Pires, qui désormais a non seulement Mozart et Chopin à son répertoire, mais jusqu'à Beethoven.
Ou, pour les plus chics, investir dans le fonds Pollini.

Devant le déferlement de haine qu'il suscita chez les critiques-juges, il avait tout pour inspirer la sympathie et l'indulgence ; et force est d'avouer qu'en dépit de la meilleure volonté du monde, il est difficile de trouver une demi-once de musicalité dans cet implacable abattage de touches par ces effrayants doigts-maillets et cette imagination peu poétique.

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Cette vidéo est très éclairante sur le fonctionnement de Lang Lang.


Il semblerait que l'enfant ait trouvé une stratégie pour assumer ce travail colossal, celle d'un univers ludique où le contact avec le piano est comparable celui du joystick : une pression, un effet ; et la magie de la réussite. Avec manifestement une quantité d'images enfantines qui, aujourd'hui, l'assaillent lorsqu'il interprète. Le succès aidant, il a, et on dirait sans forcément comprendre pourquoi, comme une joie naïve d'être reconnu, au point de poursuivre par reconnaissance.

Ce n'est bien sûr que l'impression extérieure, pas une tentative de psychanalyse sauvage à distance derrière mon comptoir de papoteur du Café aux Lutins. Mais il semble bien, en tout cas, que Lang Lang, plus qu'il n'interprète, joue, au sens le plus naïf du terme. Cela explique peut-être cette négligence stylistique et aussi cette fascination pour la rondeur de l'objet fini. Cet acharnement joyeux.

L'ivresse de produire de la difficulté brute, mais aussi l'ivresse de la récréation permanente.


Dans le genre, je concède avoir plutôt un faible pour le talent chorégraphique de Chico Marx, avec lequel je propose de conclure, mais ces extraits permettent peut-être de mieux comprendre l'approche assez spécifique de Lang Lang vis-à-vis de son instrument. Ce n'est pas tant le phrasé que la fascination pour la production mécanique du son qui semble l'emporter dans son émotion.



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Commentaires

1. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par Papageno :: site

Je ne l'ai jamais entendu en concert. Difficile de se faire une idée avec les vidéos sur youtube, mais je trouve que sa version du Liebestraum par exemple en vaut bien d'autres:

http://www.youtube.com/watch?v=ubVVSWHkxs8

On passe brutalement d'un excès de douceur romantique à un excès de virtuosité, mais ces excès mêmes sont assez lisztiens au fond. D'autres versions sont plus belles mais plus lisses.

2. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

On doit bien trouver des choses tout à fait potables, mais en règle général, ça sonne tout de même très peu pensé. Ses Beethoven sont robustes mais absolument pas détaillés, ses Liszt virtuoses sont débridés mais guère lyriques... Et c'est comme ça dans tout ce que j'en ai entendu. Je me l'explique donc par les hypothèses psychologisantes de comptoir... et par ces merveilleuses vidéos de cOwbOyz 1dErgrOunDz.

3. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par Morloch :: site

Il lui arrive d'avoir un beau son.

Cet entretien sur qobuz est effrayant. Au début, on se prend à penser qu'il n'est peut-être pas si catastrophique que cela, que Dany Barenboïm pourrait avoir une influence positive, et puis patatras, la fin est épique dans laquelle on comprend le gouffre culturel. Il est paumé sur MTV qu'il ne regarde pas tout en tentant d'en dire du bien, et il tient des propos de paumé sur la musique contemporaine.

Désastre en interview

Le souci, c'est qu'il semble difficile à balayer d'un revers de main. Il correspond peut-être à quelque chose du monde musical.

4. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Le piège à Morloch s'est refermé. o-8-)

Je ne balaie pas, je juge encore moins ; je m'interroge sur le gouffre culturel d'une part et sur l'attitude pour en venir là malgré tout.

Par ailleurs, tu sais que tu es en train de faire de la pube pour Abeille chez moi, oui, chez moi ? w:-D
Oui, je suis casse-pieds avec mes combats de principe qui n'intéressent que moi, mais quand on est une entreprise qui se veut respectable, il y a un minimum de sérieux et de respect à assurer quant à sa responsabilité extra-commerciale... Et j'ai quelque scrupule à ce que la promotion de ladite société passe par moi.

5. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

A propos, tu es sur le mauvais front : tandis que tu défends modérément Lang Lang ici, je suis en train depuis hier de mettre Yuja Wang plus bas que terre chez toi. 8-)

J'en profite pour préciser que la réaction sur Abeille est informative pour tous, mais uniquement taquine te concernant : je ne te gourmande surtout pas. On ne sait jamais, avec l'écrit...

6. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par Morloch :: site

Tssssk tssssssk tes attaques contre Yuja Wang ne sont pas si agressives que tu ne le prétends, matamore [strike]d'opérette[/strike] d'opéra comique :) Et je ne suis pas loin de penser comme toi concernant ce disque un peu tiède quoique d'une maîtrise hallucinante. Et j'ai déjà dit que ce qui m'avait bluffé était surtout son concert Salle Pleyel, dont j'enjolive peut-être le souvenir (c'est tout le souci avec les souvenirs de concert).

Mais pour reprendre ici les radotages commencés ailleurs, son cas est différent. Elle a une tendance à faire en intervioue des petits baratins à base de philosophie allemande, ce qui n'est pas forcément plus convainquant que la prose de Lang Lang, mais me semble plus ambitieux. Et témoigne de la prise de conscience d'un décalage culturel pour jouer de la musique occidentale et d'une volonté de s'ancrer dans cet univers qui lui est a priori étranger. Et puis quand on entend certains instrumentistes patentés occidentaux parler, on se dit qu'il n'y a pas que les chinois qui doivent combler un gouffre culturel. Rien n'est donc rédhibitoire... Elle s'orienterait plus vers une sorte de personnage d'Hélène Grimaud chinoise, les loups en moins et la technique en plus. Tiens ça le fait penser qu'il doit y avoir une intervious sur Radio Classique, je vais aller jeter une oreille.

7. Le dimanche 5 juillet 2009 à , par DavidLeMarrec

Hélène Grimaud parle de Heidegger ? :-o

Oui, l'inculture n'empêche pas de faire de grands interprètes, on a parfois des surprise sur le fait qu'une bonne maîtrise artisanale produit une éloquence qui n'est pas forcément intellectuelle.

Matamore, c'est même plutôt de la commedia dell'arte, même si ça a un lien (d'antériorité) avec l'opéra-comique. Mais on règlera nos comptes à coups de loukoums stambouliotes devant un verre de Grétry dans quelques mois.

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