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Auric révérencieux - (Roman Holiday)


Georges Auric, le moins bien connu du Groupe des Six avec Germaine Tailleferre, est avant tout connu pour sa facette la plus facétieuse, celle de ses oeuvres légères ou de sa musique de film (Orphée de Cocteau, Le salaire de la peur, Notre-Dame de Paris et La Princesse de Clèves de Delannoy, La grande vadrouille).

Or il se trouve que nous ne l'avons évoqué que dans son versant sérieux, avec une magnifique réussite sur un poème patriotique célèbre de Louis Aragon.

L'occasion de le rencontrer dans de tout autres circonstances, avec des clins d'oeil au patrimoine pour une musique de film.

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Il s'agit présentement de Roman Holiday (« Vacances romaines ») de William Wyler (1953), une jolie comédie esthétique et plutôt mélancolique qui a connu sa petite célébrité en raison de la révélation d'Audrey Hepburn au monde dans un grand rôle, et toute une légende à chaque fois rappelée autour du casting fameux qui l'imposa à coups de prises d'essai à son insu.
L'oeuvre en elle-même bénéficie du soin de l'image propre à Wyler, en particulier pour les premières et dernières séquences dans le palais romain, où le relief des figures (le bal initial) et la force suggestion des ressentis subjectifs (la masse écrasante des couloirs inaccessibles, à la toute fin) ; on y profite aussi de l'anglais cristallin, très distinct, de Hepburn, qui est remarquable même si le texte est finalement très chiche dans ce film - où plus encore qu'ailleurs le visuel triomphe sur le verbe, suggère beaucoup plus que les dialogues laconiques banals peuvent exprimer.

Pour le reste, il s'agit d'un divertissement très agréable, mais pas à proprement parler d'une oeuvre vertigineuse - le sujet de l'authenticité qui serait le noeud principal de l'intrigue n'est pas du tout traité. Tout simplement parce qu'il n'y a pas d'intrigue, simplement une situation montrée pendant près de deux heures sous formes de saynètes assez indépendantes. De ce point de vue, la rigueur du dénouement surprend agréablement, mais c'est un peu court pour donner une réelle profondeur à l'ensemble.
Par ailleurs, la visite systématique de tous les lieux touristiques de Rome a quelque chose d'un peu fatigant pour qui a déjà visité la ville : elle n'est pas qu'une collection de monuments, c'est un ensemble délicieux en soi.

La musique d'Auric donne pleinement dans ce goût du pittoresque, et c'est bien ce qui nous a fort diverti et motivé cette notule, en l'occurrence.

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Au tout début de l'oeuvre, on entend déjà ce motif, bien suspect puisque l'action se déroule dans une Italie de carte postale (où les Italiens sont marchandeurs et galants, expansifs et cordiaux, jamais sévères ou rancuniers, etc.) ; mais lorsqu'il reparaît lors de la visite du marché au sortir de la maison du journaliste, on ne peut plus avoir de doute.

Vous aurez reconnu

la Toccata liminaire de l'Orfeo de Monteverdi, oeuvre-symbole du patrimoine musical italien s'il en est.

Ici, l'air de rien, mélangée à d'autres thématiques italiennes plus populaires, elle rythme le cheminement bondissant à travers le marché où Ann achète des chaussures de prolétaire et où Joe doit acquérir une superbe pastèque pour ne pas être aperçu.

Pour ceux qui n'en seraient pas convaincus, la comparaison avec l'original est parlante (Harnoncourt 1968) :

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Dans le même goût, lors de l'arrestation de la princesse conduisant sa vespa comme un italien enivré par un turc, tout le bruit de la poursuite est effacé, les dialogues sont dépourvus de son, seuls les gestes et la musique font comprendre ce qui se dit. Et sur un mensonge de Joe, la musique cite la marche nuptiale du début de l'acte III de Lohengrin de Wagner, l'autre tube des épousailles (qu'on retrouve aussi manipulé par les compositeurs). D'une façon très brève et narquoise, comme si la musique mentait elle-même.

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Je rappelle au passage l'existence d'une notule consacrée aux types d'humours musicaux (catégorie e).

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Ces jeux me paraissaient suffisamment plaisants pour justifier une rapide visite. On en a quelques autres en réserve, au milieu de choses plus consistantes à venir.


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Commentaires

1. Le mardi 19 janvier 2010 à , par aymeric :: site

Je lis avidement les deux dernières notes et une terrible question s'impose : Comment ai-je pu, ces derniers temps, m'en vouloir au point de ne plus jouir de ce blog aussi souvent qu'avant ?

2. Le mercredi 20 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Je vais me contenter de rougir en silence, je crois.

3. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par vartan

Je révise mon jugement. Si c'est Monteverdi, c'est un bon film en définitive.

4. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Oh, ce n'est pas un mauvais film, ne serait-ce que pour ses parties extrêmes dans le palais où l'on trouve vraiment toute la dimension de Wyler, et accessoirement pour le très bel anglais de Hepburn (il faut voir la transfiguration vocale depuis la crécelle de Monte Carlo Baby, deux ans seulement auparavant).
De là à dire que ce soit à la hauteur de sa réputation légendaire, c'est une autre histoire. Le problème étant qu'il ne se passe rien, et que les enjeux qui pourraient faire réfléchir sont totalement passés sous le tapis du pittoresque.

C'est vrai que dans le genre comique, dans ces années-là, sans toujours avoir cette plastique sombre de l'image, il y a beaucoup plus inspiré chez Seiler ou Kanin par exemple (ne serait-ce qu'au niveau du rythme).

Accessoirement, je suis admiratif de la maîtrise des couleurs chez les compositeurs dans cet univers stéréotypé : leur musique n'est guère originale, mais une superbe maîtrise de leur instrument, tout de même.

5. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par Francesco

"Réputation légendaire", peut-être, mais ça n'a jamais été pour louer les qualités cinématographiques de l'oeuvre, je crois.

Elle a eu un succès considérable, a lancé Audrey Hepburn et avec elle tout un cliché de la femme biche et obéit à la perfection aux règles du travelogue. C'est devenu iconique si l'on veut, mais au même titre que la deuxième saison de Dynastie. Personne, que je sache, n'a jamais crié au chef d'oeuvre. Mais je ne suis pas omniscient.

6. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Je parlais effectivement de la petite légende Hepburn, avec en particulier les bouts d'essais pris à son insu.

Pour le reste, je n'ai jamais lu que du bien assez enthousiaste sur ce film, mais pas forcément comme l'aboutissement de l'art cinématographique, heureusement. Il n'empêche que les séquences extrêmes, je le répète, sont admirablement réussies.

Pour Dynastie, je ne me suis jamais risqué dans ces eaux, c'est peut-être très bien (mais après la vingt-septième saison, le niveau baisse un peu je trouve).

7. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par Francesco

Mais comment pouvez vous savoir des choses à propos ce à quoi vous ne vous êtes jamais risqué ?!

Ce serait intéressant non une adaptation lyrique de Dynasty ? Il faudrait un beau contralto profond pour jouer Alexis Carrington.

Oh là je vais faire baisser le taux de fréquentation de votre blog, j'arrête.

8. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Je ne faisais que singer ce qu'on lit sur les suites de toutes sortes : ça s'épuise au bout d'un moment. Comme je n'y ai jamais jeté d'oeil, je n'en ai évidemment pas la moindre idée.

Sachant que les films en couleur me traumatisent déjà, je ne me suis pas risqué aux séries-cultes.

9. Le jeudi 21 janvier 2010 à , par DavidLeMarrec

Et pour le référencement, pas de panique : ça ne fait qu'accroître le ratissage dans les algorythmes googlisant.

... et j'ai déjà récolté des supporters de l'OM sur des notules consacrées à la technique vocale ou à la théorie dodécaphonique, je suis donc paré.

10. Le vendredi 22 janvier 2010 à , par Francesco

Si vous saviez le nombre d'étudiants en médecine qui me lisent parce que j'ai abordé la question du prognathisme chez les Habsbourg ...

Je suis sûr, sinon, que vous trouveriez des choses à dire à propos de la composition des grands motifs musicaux dans les génériques des soap les plus célèbres.
"Carneeeeeeeeeeeeeeeets ... votre univers impitoooooooooooyaaaaaaaaa-aaaaaaaaableuuuuuuuuuuuuh"

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