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samedi 18 décembre 2010

Bellérophon : Le retour du dernier Lully - I - Aventures du livret


Voici enfin venue la création tant attendue du dernier ouvrage de Lully qui n'ait jamais été remonté depuis l'ère du disque. Pourtant, ce fut l'un des plus grands succès publics de Lully, bien supérieur à Atys par exemple.

Les lutins de CSS avaient prévu de remonter au moins des parties de l'ouvrage, mais faute de temps pour réaliser toutes les basses continues des éditions Ballard, il a bien fallu laisser Christophe Rousset leur griller la politesse... Ce qui n'est pas forcément un mal pour Lully, convenons-en.

Aussi ils se borneront ici à leur rôle traditionnel d'exégètes respectueux. [Mais qu'on se rassure, des nouveautés piquantes sont en préparation.]

1. L'histoire d'un livret composite, source de discordes

Bellérophon, créé en 1679, est la seconde (et seule) tragédie en musique de Lully à avoir été conçue sans Quinault, en disgrâce à cause des interprétations faites à la Cour du livret d'Isis. Comme pour Psyché l'année précédente, Bellérophon est confié à Thomas Corneille, frère cadet de Pierre. Et comme Psyché, ce livret est en réalité un patchwork.

Pour Psyché, la raison en était simple : la version originale, une tragédie-ballet (semi-parlée) devait être entièrement chantée, et il fallait donc retravailler le texte d'origine, déjà composite. En effet, Molière avait été secondé par Pierre Corneille, Quinault avait écrit les parties chantées et Lully la plainte italienne !

Pour Bellérophon, l'attribution est plus complexe. Thomas Corneille, dont l'adaptation de Psyché avait été jugée inférieure à l'originale par ses contemporains (je précise au passage que ce n'est pas mon avis), avait été mandaté pour l'écriture de ce nouveau livret. Néanmoins, Fontenelle affirma être à l'origine du plus clair de l'oeuvre, à l'exception du Prologue, de la première scène de l'acte IV, du nom d'Amisodar et de quelques ariettes (ce qu'on appelait des canevas et qu'on appelle aujourd'hui lyrics en comédie musicale) qui auraient été dûs à Boileau.

Une lettre tardive de Fontenelle aux auteurs du Journal des Savants est assez révélatrice de l'imbroglio des revendications successives de l'oeuvre - et les résume assez clairement pour remplacer notre résumé partiel. Je la reproduis partiellement ici, telle qu'elle figure dans l'édition Bastien / Servière des oeuvres de Fontenelle (1792).

Messieurs, on a mis à la tête d'une nouvelle édition des Oeuvres de Boileau Despréaux en 1740, Bolœana ou entretiens de M. de Monchesnay avec l'auteur. Il y a dans ce Bolœana quelques endroits que je me crois obligé de relever, parce qu'ils attaquent injustement un nom illustre, et qui doit m'ètre extrêmement cher. Je vous demande en grâce. Messieurs, que ce que j'ai à dire sur ce sujet paraisse dans votre journal, qui me donnera auprès du public un passeport favorable.

Suite de la notule.

David Le Marrec

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