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Pourquoi le Crépuscule des Dieux est-il si pénible ? – Une évolution dans l'usage des motifs wagnériens


Une question que je me pose depuis fort longtemps, et à laquelle les années et l'expérience m'ont permis d'apporter quelques réponses successives.

1. [À 4 ans.] Mourir, ça fait mal. Surtout par le feu.
2. [À 17 ans.] C'est quoi, cet acte I avec cinquante tableaux, qui revient au point de départ, qui parle pendant des heures pour ne rien dire, avec des personnages caricaturaux, et qui dure plus longtemps qu'un opéra de taille déjà respectable ? 
3. [À 19 ans.] Wagner a commencé son poème par le Crépuscule, et il avait encore beaucoup de chemin à parcourir avant de devenir un poète supportable.
4. [Après.] C'est gros, c'est lourd, tout de même. Étrangement assez mal orchestré (forcément, quand on fait bramer les cuivres, le détail est un peu gommé…), juste avant cette orfèvrerie délicate qu'est Parsifal, et après des œuvres qui ont toutes montré une science, une vision inédites en la matière.

Et pourtant, à la lecture de la partition, l'œuvre cumule les points forts : l'harmonie n'a jamais été aussi audacieuse, le contenu musical à la fois aussi complexe, hardi et pléthorique – le saut qualitatif, en matière d'ambition d'écriture, déjà considérable entre La Walkyrie et Siegfried, se reproduit entre Siegfried et le Crépuscule. Ce n'est plus le collage de motifs simples, relié par de petits récitatifs, comme dans L'Or du Rhin, mais une colossale arche ininterrompue où le flux continu de Tristan se mêle aux allusions subtiles propres au Ring.

Néanmoins, de mon point de vue, cela ne fonctionne pas tout à fait, et pour plusieurs raisons. Comme je m'étonne de ressentir exactement les mêmes réserves après ces années, alors que les poèmes misérables (Tristan), les proportions absurdes (Die Meistersinger, Parsifal), les tunnels apparents (en particulier dans le Ring) m'ont laissé percevoir au fil du temps tant de merveilles (et les plus belles sont souvent les moins évidentes aux premières écoutes, chez Wagner), je me suis demandé la cause de cette réticence spécifique au Crépuscule, censé couronner le grand-œuvre.

[Aujourd'hui.] Il est sûr que le livret mal proportionné et peu intéressant (les seul ressorts en étant un philtre artificieux et un méchant très méchant qui fait le mal en faisant le mal) déçoit forcément quand on nous promet Ragnarök – la dimension épique échappe un peu, portée seulement (à l'exception des Nornes) par la musique, lorsque le texte se tait enfin au bout de quatre heures et demie. Mais Tristan ne fait pas mieux, et se déroule avec beaucoup plus de naturel.

Je crois que la raison tient à la structure des motifs – je ne prétends pas en faire une cause unique ni une appréciation universelle, mais il y a en tout cas des observations mesurables à faire de ce côté.

Prenons, aux extrémités du cycle, deux motifs, l'un qui apparaît dans Das Rheingold, l'autre seulement dans Der Götterdämmerung.

[[]]
Motif de l'Or du Rhin, au premier tableau de Das Rheingold (apparition de l'or sous les rayons du soleil).
Version utilisée : Kirill Petrenko, Bayreuth 2014 (bande radio).
leitmotiv rheingold
Image empruntée à l'excellent Richard Wagner Werkstatt, avec recueil non exhaustif mais incluant image et son pour un grand nombre de motifs, ainsi que leurs ouvrages d'apparition et de réitération.

Ce motif est constitué de la matrice la plus simple qui soit : un arpège, c'est-à-dire l'usage successif des trois notes d'un accord de base. C'est ainsi que Leporello s'exprime dans l'Introduction de Don Giovanni (dans le solo et le trio), c'est ce que font les compositeurs de l'ère classique avec leurs basses d'Alberti, que Donizetti accompagne ses chanteurs, que les pianistes virtuoses habillent les traits des concertos, etc. Il n'y a pas plus sommaire.
Sa seule distinction tient dans l'ordre des notes et surtout le rythme utilisé, qui lui procurent son caractère reconnaissable.

J'aurais pu aussi convoquer le motif de l'épée, sur le même modèle (arpège d'ut majeur, si bien que cela ressemble furieusement aux traits de trompette utilisés sur les navires), de l'arc-en-ciel, ou dans un autre goût du Walhalla, qui utilise seulement les enchaînements les plus simples de l'harmonie occidentale, et ainsi de suite.

Ces cellules extrêmement simples, qui tiennent en deux mesures, permettent au motif de réapparaître sans mobiliser un thème entier, de se combiner avec d'autres (c'est saisissant au début de L'Or du Rhin, où les motifs attachés à la Nature, au Rhin,  aux Filles du Rhin, au Chant des Filles du Rhin, à l'Or se mêlent comme des variantes, des mutations, des parties d'un même tout primordial). Par ailleurs, sa simplicité le rend immédiatement identifiable et très jubilatoire (un petit arpège majeur ou une cadence parfaite, ça met tout de suite de bonne humeur).


Or, les motifs qui apparaissent dans Siegfried et surtout dans le Crépuscule sont de tout autre nature.

[[]]
Motif du meurtre, au dernier tableau de Der Götterdämmerung (récit de l'assassinat de Siegfried devant Gutrune).
Version utilisée : Badische Staatskapelle, Günter Neuhold (plusieurs labels, ici Bella Musica).
leitmotiv meurtre
(Même source.)

Rien que le visuel est limpide : une blanche + le quart de sa valeur pour débuter, et puis une accacciatura, un trille, le tout sur trois bonnes mesures dans une harmonie complexe.

Le motif est plus difficile à identifier, est beaucoup moins exaltant – l'Anneau ou le Heaume, même vénéneux, sont des motifs concis, de personnalité simple, qui se déforment, peuvent transmuter, entrer dans la composition d'autres motifs. Surtout, il occupe trop de place : vu sa longueur et ses contraintes harmoniques, lorsque l'orchestre l'énonce, il ne peut plus énoncer que celui-là. Toute la dimension équivoque, tout l'aspect de clin d'œil, de sous-texte disparaissent et laissent place à ce type de grand thème qui ne peut affirmer qu'une idée à la fois (et puis le meurtre, franchement, que c'est subtil…). L'intérêt infra-verbal des leitmotive en est largement diminué.

Le Crépuscule contient beaucoup de ces motifs contorsionnés, dont la longueur, la complexe, la nature harmonique laissent peu de place à la combinaison, en plus d'être envahissants et assez peu gracieux. (Je suppose que, me concernant, la couleur harmonique plus chargée et moins avenante joue aussi son rôle.)

Il en va de même, bien que le sujet soit secondaire, pour la veine mélodique : il y avait des intervalles simples ou de petits élans dans les épisodes précédents. Dans le Crépuscule, les contraintes d'écriture sont telles qu'on a souvent l'impression de la mélodie se contente d'occuper les notes disponibles – et cela explique aussi, avec la taille de l'orchestre et l'extension invraisemblable des tessitures, pourquoi ces rôles sont inchantables sainement : les intervalles sont tels que tout instrument est mis à rude épreuve (la voix supporte mieux les lignes conjointes ou a tout le moins les intervalles par trop larges entre les hauteurs).

Tout cela se cristallise très ostensiblement dans la première scène de l'acte III : le nouveau thème des Filles du Rhin est plus sophistiqué, ne parvient pas à se fondre dans d'autres comme au début de L'Or du Rhin, donc tourne longuement sur lui-même – et me paraît d'ailleurs passablement moche, comme beaucoup de ces nouveaux motifs, mais je ne suis pas sûr d'être majoritaire sur ce type de sensation impossible à objectiver.

Je crois tout de même qu'on peut tracer un ensemble de lignes de force dans l'évolution de l'usage des motifs dans la dernière journée du Ring – Wagner y utilise certains des nouveaux de façon relativement sommaire, comme l'ont fait certains de ses suiveurs (si Arabella les combine pour exprimer le détail des flux de conscience avec une justesse incroyable, Tosca reste davantage dans l'illustration des personnages principaux, bien que les mutations de motifs y soient remarquables).

Tout sentiment, toute démonstration sur la question éminemment bienvenus, bien sûr.


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Commentaires

1. Le lundi 11 juillet 2016 à , par Polyeucte

Je ne sais pas si tu as lu, mais Saint-Saëns avait écrit justement un article très intéressant sur son ressenti du Ring où justement à partir de Siegfried et du Crépuscule il critiquait l'usage trop complexe des motifs et la sur-abondance de ceux-ci dans les deux derniers volets, alors qu'il admirait l'usage qui en était fait dans les deux premiers... Si ça t'intéresse je devrais pouvoir te retrouver les références...

2. Le mercredi 13 juillet 2016 à , par Olivier

Bonsoir,

Polyeucte a donc lancé la piste de Saint-Saëns, et qu'écrit ce dernier à la fin de l'introduction de son ouvrage "harmonie et mélodie"? (a)
"un dernier mot.
J'admire profondément les oeuvres de R.W., en dépit de leur bizarrerie. Elles sont supérieures et puissantes, cela me suffit. Mais je n'ai jamais été, je ne suis pas, je ne serai jamais de la religion wagnérienne."
(a)archive.org/stream/harmonieetmlod00sain#page/n43/mode/2up

3. Le vendredi 15 juillet 2016 à , par Diablotin :: site

C'est un peu longuet, parfois, en effet, et ça supporte moins facilement une écoute en continu sans le support visuel. Mais, rien que pour le prologue (les Nornes), le début de l'acte 2 entre Alberich et Hagen et l'immolation, c'est prodigieux -on peut passer de l'un à l'autre en zappant à peu près tout le reste ;-) !-.
Et on trouve, petit à petit, des alliances de timbres assez exceptionnelles au fur et à mesure des réécoutes : c'est, effectivement, la veine mélodique qui semble un peu tarie, pour le coup, mais c'est vrai que le livret n'aide guère...

4. Le samedi 16 juillet 2016 à , par Pikoala

Les lutins révisent pour Bayreuth ?

5. Le dimanche 17 juillet 2016 à , par DavidLeMarrec

Quelle affluence !

@ Polyeucte :
Non, je n'ai pas lu ça. Cela dit, Saint-Saëns n'est pas forcément le plus clairvoyant en matière de motif, qu'il utilise comme de gros signaux ponctuels (à la façon de Meyerbeer, il faut que publie cette notule sur l'histoire du leitmotiv quand j'aurai deux minutes…) et non comme matière totalement structurante comme Wagner à partir des années 50. Pas étonnant que, pour le goût français, cette manière paraisse trop formelle et trop embarrassée. (Même si, effectivement, on peut s'interroger sur le statut d'une musique qu'on ne peut réellement acquérir qu'après écoutes répétées et partition à la main…)
Si tu as la référence et que ça ne te coûte pas trop d'effort, je ne suis pas contre la citation exacte, je m'en servirai pour troller les wagnériens.

@ Olivier :
Oui, il est tellement évident que Saint-Saëns a lu et admiré Wagner, et pas seulement dans Samson ou Frédégonde ! Même dans Henry VIII, on sent passer des choses – le langage continu et les motifs doivent provenir majoritairement de Meyerbeer, mais ce long prélude du Synode qui va s'étoffant, si ça n'a pas écouté les préludes de Lohengrin I, Rheingold, Walküre I ou Meistersinger III…
(Bonjour !)

@ Diablotin :
Oui, bien sûr, les grands moments du Crépuscule sont irremplaçables, je les joue très souvent (plus que je ne les écoute, finalement) – pour moi les Nornes, le premier duo, Waltraute et tout l'acte III après les Filles du Rhin. Ce sont des sommets extraordinaires, et ce sont justement les moment où le langage est moins embarrassé, où les anciens motifs reviennent en masse et où la direction du discours est clairement perceptible.
L'orchestration est exceptionnellement riche, mais elle s'entend moins à cause de la densité en informations (et de la lourdeur du pupitre de cuivres).
La veine mélodique a surtout muté :  elle n'a jamais été, à part dans Walküre et par segments de tirades dans Siegfried, voire par segments de phrases dans Rheingold, un point fort du Ring, où les contraintes des motifs à l'orchestre semblent avoir repoussé les possibilités d'inclusion de simples mélodies conjointes. Ce n'est pas très grave, parce qu'il y a de jolis motifs, et par moments, lorsque l'harmonie redevient plus simple, de belles poussées de lyrisme apparaissent. Dans le Crépuscule, ça a vraiment changé, il y a un côté contraint dans les mélodies (la mort de Siegfried, sérieusement, il y a où une véritable mélodie suivie ?), avec leurs grands saut d'intervalles, et complètement éclatées, indépendamment même du phénomène plus-long-et-plus-moche que j'essayais de montrer dans la notule.

@ Pikoala :
Bienvenu Pikoala !
J'ai promis que j'irai à Bayreuth le jour où ils joueront du Siegfried Wagner. (Mince, ce sera pas encore cette décennie…) En attendant, même si je suis curieux de l'acoustique, je n'ai pas vraiment le temps du voyage pour aller écouter ce qu'on programme partout par les chanteurs qu'on entend partout. Je crois que c'est encore plus snob que d'aller à Bayreuth et de tenir sa bouche close, mais c'est aussi hautement pragmatique.
Non, non, je parle de Wagner en toute saison, parce que je l'écoute souvent et qu'il y a toujours des surprises en le lisant, pas besoin de prétextes pour le faire. Et puis nous sommes dans l'année du 203e anniversaire, tout de même, si ce n'est pas une raison !

6. Le mercredi 20 juillet 2016 à , par Julot :: site

Seconde tentative, ton robot m'ayant pris pour un robot la première fois.

Malgré mon opposition de principe à ton titre, je dois reconnaître que, musicalement, mon sentiment se rapproche du tien: il y a les -longs- moments dont tu parles, qui sont du Wagner auquel on revient volontiers, mais dans l'ensemble, ça ne s'applique guère au Crépuscule, qui n'a pas la continuité étrange et pénétrante, la magie poétique des trois autres. Et ce que tu dis sur la "verbalisation" des motifs (si j'ose le résumer ainsi) me semble juste. Cependant:
1/ Plutôt que de faire de la provok' gratuite (un truc que je ne ferai jamais!), on pourrait remarquer que ça veut surtout dire, en pratique, que ce ne sont en général pas les mêmes chefs qui réussissent le Crépuscule et qui réussissent le reste. Solti, pour prendre un exemple qui en fâche certains parfois, me semble parfaitement raté (et là encore, ce n'est pas qu'il n'y ait pas de beaux passages) sauf pour un Crépuscule magnétique d'un bout à l'autre. Inversement tu as souvent dit à quel point le Karajan était une déception, etc.
2/ Pour ceux, ultra-minoritaires, qui prennent au sérieux la promesse scénique du Ring, l'inverse est vrai: il faut vraiment aller à New York pour trouver un Crépuscule qui ne soit pas électrisant à regarder d'un bout à l'autre ; celui de Castorf trouve grâce même aux yeux des plus réticents ; celui de Konwitschny reste, à mon avis, extraordinairement brillant et pénétrant (mais pas étrange) ; Chéreau nous disait, comme d'autres, que là, c'est facile, *c'est du théâtre* ; Braunschweig y trouve aussi sa justification. Evidemment je ne cherche pas là à opposer texte et musique (à mon avis, chez Wagner, aucun des deux ne fonctionne sans l'autre) mais à présenter une tension plus dialectique entre musique comme musique et musique comme drame.
Même du point de vue du drame, ceci dit, il y a une différence de nature entre le Crépuscule et le reste du Ring. C'est le dénouement trop attendu, qui ne dénoue rien, d'une histoire qui est déjà finie, avec des liens dramatiques superficiels (Siegfried et Brünnhilde, à peine eux-mêmes), et des liens poétiques quasiment disparus avec le reste du cycle. De ce point de vue le parti-pris de Castorf (et d'autres) d'en faire une histoire qui se répète, s'incarne, à différents moments et différents lieux, me paraît justifié. Aussi, ça me semble être le seul Wagner qui *traite vraiment* de dieux et de légendes, de figures mythologiques, de machins hénaurmes. Chez Wagner, je ne vois guère que le Crépuscule qui soit wagnérien.

7. Le mercredi 20 juillet 2016 à , par Julot :: site

Et pour Bayreuth, tu iras un jour, et tu regretteras ton snobisme et surtout ton sophisme. Mais c'est pas grave, nous t'accueillerons à bras ouverts. Si nous sommes encore là.

8. Le vendredi 29 juillet 2016 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir Julot !

Le titre est bien sûr de la pure provocation, j'aime bien aiguillonner les wagnériens, manière de tester si l'esprit de sérieux du Maître ne les altère pas trop. :)


1/ Plutôt que de faire de la provok' gratuite (un truc que je ne ferai jamais!), on pourrait remarquer que ça veut surtout dire, en pratique, que ce ne sont en général pas les mêmes chefs qui réussissent le Crépuscule et qui réussissent le reste. Solti, pour prendre un exemple qui en fâche certains parfois, me semble parfaitement raté (et là encore, ce n'est pas qu'il n'y ait pas de beaux passages) sauf pour un Crépuscule magnétique d'un bout à l'autre. Inversement tu as souvent dit à quel point le Karajan était une déception, etc.


Il y en a aussi qui réussissent tout : Furtwängler (Scala), Keilberth, Kempe, Neuhold, Schønwandt, Haenchen…

Mais oui, les qualités ne sont pas les mêmes. Le studio de Solti est effectivement convaincant dans le Crépuscule, mais passe comme dans les autres volets à côté de bien des finesses. Dans le concept du tonitruant, plus abouti que Karajan, en effet, mais sinon, il y a quand même de quoi être frustré par endroit.

Je parlais cela dit de l'œuvre en tant que telle : ça vaut même lorsque je le joue, indépendamment même du fait que le Crépuscule met particulièrement les doigts en danger (à peu près impossible de jouer ça proprement, même de loin).


Pour ceux, ultra-minoritaires, qui prennent au sérieux la promesse scénique du Ring, l'inverse est vrai: il faut vraiment aller à New York pour trouver un Crépuscule qui ne soit pas électrisant à regarder d'un bout à l'autre

Tu parles de Schenk ou de Lepage ?  Pas vu le Crépuscule de Lepage (Schenk est une abomination comme toujours, mais il y a public large à qui ça parle, donc ça a ses vertus aussi). Mais je pourrais citer beaucoup de Crépuscule qui, visuellement, m'ennuient (à peu près tous, d'ailleurs, vu ce qu'est le livret…). Certes, Holten beaucoup moins que Schenk !


celui de Castorf trouve grâce même aux yeux des plus réticents


Je peux t'assurer que j'ai lu, beaucoup, beaucoup de réticences. (Et que ce que j'en ai lu, de la part des enthousiastes, ne m'a pas fait envie, mais ça ne veut rien dire, il n'y a que le résultat qui compte.)


celui de Konwitschny reste, à mon avis, extraordinairement brillant et pénétrant (mais pas étrange)

Il faudra m'expliquer, alors : les Nornes mendiantes, je vois (et pourquoi pas), mais le reste, c'est un bric-à-brac indescriptible dont il est très difficile de tirer une direction claire. Ce n'est même pas l'aspect dépareillé et moche qui est gênant, c'est l'absence de sens déchiffrable, ou en tout cas cohérent avec le texte et même avec ses propres propositions. La scène d'amour est traité dans un univers de contes de fées grotesque, mais Gunther sort de conseil d'administration, etc.


Chéreau nous disait, comme d'autres, que là, c'est facile, *c'est du théâtre*

… dommage que ça ne se voie pas dans sa version, où il ne se passe à peu près rien. À part que c'est plus gris que du Schenk, je n'ai pas trop vu la différence. Si, on voit quand même qu'on leur a signifié les rares mouvements à faire, que ce n'est pas de l'impro du club théâtre du lycée. Mais sinon… En plus, ça n'a plus vraiment de rapport avec le propos des volets précédents (le Siegfried est carrément tradi, de toute façon).


Braunschweig y trouve aussi sa justification.

Il s'est fait défoncer la face par à peu près tout le monde pour ça. Je n'ai vu que la Walkyrie, qui a ses faiblesses de conception, mais les actes extrêmes, et en particulier le premier, sont passionnants.


Evidemment je ne cherche pas là à opposer texte et musique (à mon avis, chez Wagner, aucun des deux ne fonctionne sans l'autre)

C'est très vrai, et même lorsque le texte est mauvais, la musique de Wagner est toujours meilleure avec lui.


avec des liens dramatiques superficiels (Siegfried et Brünnhilde, à peine eux-mêmes), et des liens poétiques quasiment disparus avec le reste du cycle.

Oui, voilà, c'est ça. (Encore que, la poésie, dans le poème de Siegfried… mais au moins, il y a de l'action et des caractères, tout ne repose pas sur le complot d'un vilain très méchant.)


Aussi, ça me semble être le seul Wagner qui *traite vraiment* de dieux et de légendes, de figures mythologiques, de machins hénaurmes.

Rheingold, tout de même, bien davantage !  Mais oui, finalement Wagner se soucie assez peu de la mythologie qu'il convoque, en général, et fait son propre drame dans son coin avec ses propres sujets.

Son Jésus aurait vraiment été amusant.

Et pour Bayreuth, tu iras un jour, et tu regretteras ton snobisme et surtout ton sophisme. Mais c'est pas grave, nous t'accueillerons à bras ouverts. Si nous sommes encore là.

C'est davantage du pragmatisme que du snobisme, je crois : pourquoi prendre tout ce temps pour aller voir ce que je peux avoir par ailleurs n'importe où ?  Alors que si on donne Sophie Arnould ou Der arme Heinrich, sûr que si je ne me déplace pas, je ne le verrai pas.

Si mon temps et mes finances étaient illimités, j'irais à Bayreuth, très volontiers, je suis très curieux de découvrir l'acoustique, les distributions sont en général excellentes, les chœurs miraculeux, et je n'ai rien contre écouter du Wagner, surtout en salle !  mais j'aime bien voir l'orchestre, donc j'irai peut-être ailleurs avant Bayreuth :)

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David Le Marrec


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