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Carmen et ses traductions


Non, pour une fois, les lutins laborieux ne proposeront pas une longue étude comparative entre les versions existantes (disposant au moins dans leur besace de l'italien, l'allemand, l'anglais et le chinois).

Simplement une petite devinette :


Je trouve que cela sonne furieusement bien, mieux que l'original.

De quelle langue s'agit-il ?

C'est donc une version tirée de l'anthologie magyare avec une double distribution (les deux très belles) chez Hungaroton.

L'accentuation si étrange du hongrois (sur la première syllabe, avec éventuellement des contre-accents plus loin, soit l'exact inverse du français) se fond incroyablement bien dans les rythmes déhanchés des danses espagnoles plutôt dans l'opéra, mais aussi dans ce moment de récitatifs passionnés et de lyrisme tendre ou brûlant.

Un des plus beaux duos finaux, que je rangerais tout de bon aux côtés de Jane Rhodes / Albert Lance / Pierre Dervaux.

Il faut dire que la part des interprètes n'est pas négligeable. Ici Magda Tiszay en Carmen large de voix mais sans aucune vulgarité - a priori pas le type de voix que j'espère dans ce rôle qui souffre souvent d'empreintes vocales trop appuyées, mais il faut bien admettre que sans amoindrir l'impact dramatique, la percussion strictement vocale est assez saisissante.
József Simándy, le plus célèbre intervenant du disque, propose encore mieux, avec chant aux infinies demi-teintes et un hongrois limpide.

Et ici encore à rebours de ce qu'on pourrait appeler mes convictions personnelles (j'aime quand Carmen redevient de la musique française, pas du Verdi ni du foklore), András Kórody réussi avec l'Orchestre de l'Opéra d'Etat Hongrois à tirer l'oeuvre du côté de Wagner ; impossible de ne pas être frappé par les similitudes avec Tristan - la ponctuation de "Tu ne m'aimes donc plus", c'est le début du Prélude du I ! C'est vrai d'habitude, mais Kórody mène tellement bien son crescendo et l'entrée frémissante des cuivres qu'il tisse réellement la parenté très loin.

La prise de son agréablement réverbérée, mais nullement floue, met de surcroît tout le monde en confort, à commencer par l'auditeur. Une véritable expérience alternative.

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Parmi les autres bizarreries linguistiques, la palme reviendrait à l'anthologie Patanè chez Berlin Classics, pleine de vie, avec un des plus magnificents témoignages de la Staatskapelle de Dresde, et Brigitte Fassbaender aussi insolite qu'inspirée.

Je suis beaucoup moins enthousiaste sur la version anglaise de David Parry (Chandos) : superbe Philharmonia (pâte et direction), mais chanteurs ternes et de toute façon peu intelligible, comme souvent dans cette collection malheureusement - ce qui fait perdre à peu près tout l'intérêt de l'entreprise...

De même pour le chinois, le résultat ne ressemble plus à grand'chose, mais on s'imagine aisément que la transposition dans une langue à tons est forcément ravageur aussi bien pour l'idiomatisme de la langue d'arrivée que pour la qualité prosodique de la musique de départ... [Don Giovanni en arabe n'est pas totalement satisfaisant non plus...]

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Retrouver notre série en cours sur la transformation de Mérimée en opéra.


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David Le Marrec


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