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Massenet-Marseille-Alagna : Fallait-il remonter Le Cid ?


1. Principe

Le Cid de Massenet est une oeuvre qui suscite la curiosité et l'étonnement.

La curiosité est bien légitime, puisqu'il s'agit de la seule adaptation célèbre de la pièce. Les Stances de Rodrigue avaient été - éloquemment - mises en musique par Marc-Antoine Charpentier, puis le style classique s'était chargé de son adaptation, à la façon d'Andromaque de Grétry / Pitra : c'était alors Chimène ou Le Cid de Sacchini, hésitant entre héroïsme gluckiste et style galant Louis XVI. Les autres appropriations musicales sont beaucoup plus obscures.

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Extrait 1 :


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2. Massenet et le Cid

Massenet, de surcroît, est le compositeur d'opéra de ma connaissance qui varie le plus son style d'un ouvrage à l'autre, de façon très spectaculaire. Quoi de commun entre le sirop mélodramatique de Manon, l'archaïsme franc de Panurge, le romantisme noir de Werther, la féérie pompière d'Esclarmonde, le vérisme abrupt de Thérèse, le lyrisme tristanien de Cendrillon, l'exotisme de Thaïs ?

Et ce n'est pas une affaire de tonalité littéraire, ni même d'effets de style : le langage musical lui-même se révèle totalement plastique d'une oeuvre à l'autre. La chose est bien simple, à moins d'avoir exploré au moins la moitié de son corpus, il serait impossible d'attribuer à Massenet l'une ou l'autre oeuvre d'oreille.

Cette souplesse pouvait donner à espérer le meilleur du Cid, composé entre Manon et Werther, et présenté en 1885, l'année suivant sa composition.

Toutefois, Massenet a composé sa partition en grande hâte, et la qualité d'écriture en a spectaculairement pâti. Certes, il va donner un aspect un peu archaïsant à l'oeuvre... mais dans le plus mauvais sens du terme, en appauvrissant l'harmonie de cette fin de siècle, tout en conservant les tics grandiloquents de l'opéra romantique larmoyant.

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3. Sentiment successifs envers la partition

Il est peut-être utile que je livre ici mon parcours vis-à-vis de cette partition.

Je l'ai très logiquement découverte dans la seule version commercialisée, celle d'Eve Queler avec Grace Bumbry et Plácido Domingo. J'avais à la fois trouvé l'oeuvre très médiocre (essentiellement des fanfares sur des harmonies sommaires, et une déclamation extrêmement artificielle, indigne de Massenet). A part "Ô noble lame étincelante", peu de choses avaient frappé mon oreille, et j'avais trouvé les citations de Corneille particulièrement malheureuses : ni belles mélodiquement, ni expressives prosodiquement, dans une grisaille anti-naturelle bien pire qu'Alfano pour Cyrano.
J'avais cependant conscience qu'Eve Queler, qui amollit, amoindrit et abîme toujours les partitions pour moi (même Robert le Diable devient ennuyeux...), concourait à l'affaiblissement de l'oeuvre, d'autant que la diction et le style de Bumbry, Domingo ou Paul Plishka étaient perfectibles - lorsqu'on part de rien, il reste beaucoup de marge de progrès.
En parcourant un peu plus tard la partition, j'avais eu la même impression des suites d'accords, souvent des renversement du même, vraiment le degré zéro de la composition (du type I-I-I-I pendant longtemps...), peu digne de Massenet.

Depuis quelques mois, je me suis mis à travailler pour mon compte personnel des passages de la partition, en particulier la grande transition qui mène de la nuit au camp à "Ô souverain, ô juge, ô père", et qui aboutit à la reprise de "Ô noble lame étincelante" pour s'achever sur la (bruyante) victoire sur les Maures.
Mon avis en a été quelque peu modifié. On y trouve encore des facilités ou des platitudes : certains aplats harmoniques durent vraiment longtemps, beaucoup d'accords sont peu riches, et pas mal de contours mélodiques auraient pu gagner très facilement de la personnalité et de l'épaisseur, on les trouve même spontanément lorsqu'on les joue... et on se demande pourquoi Massenet ne l'a pas fait - comme un texte qu'on n'aurait pas relu !
Néanmoins, la scène dégage un vrai climat, non dépourvu de charme, et on se dit que bien joué, le résultat pourrait être assez probant, sans en faire le chef-d'oeuvre du siècle.

Les représentations marseillaises, vues en vidéos, me permettent enfin de donner un avis un peu complet, à l'épreuve d'une bonne interprétation après m'être familiarisé avec la partition. Le résultat se rapproche, malheureusement, de mon ressenti à la découverte de l'oeuvre.

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Extrait 2 :


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4. Structure de l'oeuvre

On ne précise pas assez souvent que le livret pour Massenet se fonde sur deux sources distinctes ; non seulement la pièce de Corneille, généreusement citée dans le livret, mais aussi sur la source de Corneille, le fleuron de l'école de Valence : Las mocedades del Cid (Les enfances du Cid) de Guillén de Castro.

Corneille reprend certes largement les trouvailles de Castro (parfois littéralement : « ¡Cielos! ¡Peno, muero, rabio!... » ou bien « Mi padre el ofendido... ¡estraña pena! / Y el ofensor el padre de Ximena? »), mais certains développements du livret de l'opéra, sur l'adoubement de Rodrigue par exemple, proviennent directement de Castro (et figurent chez Corneille seulement sous forme allusive).

Le texte utilisé par Massenet est dû à trois auteurs :

  • Louis Gallet, un librettiste central dans ces années, diversement inspiré, mais rarement mauvais, à qui l'on doit notamment des oeuvres lyriques de :
    • Gounod (Cinq-Mars)
    • Guiraud (Le Kobold, Frédégonde)
    • Bizet (Djamileh)
    • Paladilhe (Les saintes Maries de la Mer)
    • Massenet (Marie-Magdeleine, Le Roi de Lahore, Thaïs)
    • Saint-Saëns (La Princesse jaune, Le Déluge, Etienne Marcel, Proserpine, Ascanio, Frédégonde, Déjanire)
    • Bruneau (Le Rêve)
    • Audron (Photis)
    • Dubois (Xavière)
  • Edouard Blau (cousin d'Alfred, co-librettiste de Sigurd), qui co-écrivit Werther avec Paul Milliet et Georges Hartmann.
  • Adolphe d'Ennery, un dramaturge prolixe de ces années, mais qui exerçait dans le théâtre parlé.


Le résultat est, il faut bien en convenir, assez médiocre. Non seulement parce que le texte sonne très platement et que les citations cornéliennes sont à ce point tronquées qu'elles perdent toute saveur - par exemple pour les Stances, où on nous place deux vers et hop, une immense coupure sans finir la phrase originale... Mais aussi parce que le contenu même de l'histoire est altéré. Cette Chimène qui se livre sans pudeur, hurlant son amour à Rodrigue lorsqu'il s'invite dans la demeure du défunt, et acceptant finalement sa main sans réticence, manifestant ouvertement de la compassion pour lui... constitue presque un repoussoir, comme on verrait une fille indigne, qui se rend à l'assassin de son père après un simulacre de haine vengeresse, dont l'expression doit plus à une forme d'hytérie féminine qu'au sens du devoir.
On se situe bien loin de l'habileté de Corneille, qui parvient à rendre plausible le mariage, et même à tourner Chimène en vengeresse excessivement rigoureuse, parce qu'elle refuserait la main de l'assassin de son père. Le ton est clair dès le duo Chimène / Infante : pas de dilemme, les deux aiment Rodrigue, mais l'Infante n'y peut pas prétendre, hop, pas la peine de prendre la tête pour une situation si simple. Et de même, le duo chez Chimène ressemble plus à Werther ou Roméo & Juliette qu'à la situation supposément décrite.

Toute la magie de Corneille, qui résidait dans la subtilité du langage et la pudeur des émotions, a disparu au profit (?) d'un braillement assez prosaïque d'émotions plutôt binaires. Bref, sans grand intérêt.

Musicalement, il n'y a pas forcément plus grand bien à en dire. D'abord concernant le peu de mobilité harmonique : absence à peu près totale d'accord enrichis, de retards et d'appoggiatures (autrement dit, une écriture sans relief, consonante à l'excès), tendance à renverser un même accord sur une longue durée...
Ensuite concernant la prosodie, complètement concassée, suivant une mélodie fade et comme aléatoire, dont les appuis semblent indépendant de la langue. Pour un maître de l'opéra du niveau de Massenet, la chose en devient même étonnante, pour ne pas dire curieuse.

Les extraits des citations de Corneille présents ici en vidéo (Ô rage, ô désespoir, Rodrigue, as-tu du coeur, A quatre pas d'ici je te le fais savoir, Percé jusques au fond du coeur) sont particulièrement éloquents de ce point de vue ; non pas que mettre une suite de beaux alexandrins classiques, qui ont leur musicalité ronronnante propre, soit aisé, bien au contraire ; mais parvenir à ce point à les rendre à la fois sans force verbale et sans saveur mélodique, c'est presque un tour de force quand on est un grand compositeur.

Enfin, faut-il mentionner l'orchestration ? On ne remarque pas que Massenet utilise les bois, tant les cordes engluent le discours, interrompues par de fréquentes fanfares de cuivres, le plus bruyamment et le plus en bloc possible.

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5. Interprétation optimale ?

Côté interprétation, j'ai lu du mal de la direction supposée bruyante de Jacques Lacombe, mais l'oeuvre impose de toute façon ce déséquilibre. Et l'orchestration très moche ne mettait pas en valeur les qualités réelles de l'Orchestre Philharmonique de Marseille.

La mise en scène de Charles Roubaud était particulièrement aboutie dans le genre frontal, statique, dépourvu de plus-value, moche et en plus transposé (simplement en plaçant des costumes militaires XXe...). Tant qu'à faire une mise en décors, autant conserver l'exactitude des didascalies. Et dans toutes les configurations, un tout petit peu plus de direction d'acteurs eût été bienvenu.
Le dispositif scénographique lui-même est assez bancal, avec cette arène ouverte en plein milieu, aux teintes monolithiques et tristes... Partant du même principe, on pouvait faire beaucoup mieux que poser un décor tout plat, ainsi (et la scène demeure vide).

Je n'ai pas non plus été ébloui par les chanteurs : Francesco Ellero D'Artegna (Don Diègue) et même Jean-Marie Frémeau (le Comte de Gormas) qu'on croyait éternel sonnent très usés, ce qui limite grandement leur éloquence générale et leur impact dans l'aigu. Franco Pomponi, très jeune pour le rôle du Roi, chantait bien, mais avec une prudence et une rigidité qui occultaient un peu le sens de ce qu'il pouvait énoncer.

Kimy McLaren était en revanche une fort bonne Infante, et j'avais déjà eu le loisir de l'admirer aussi bien dans le lied et la mélodie que dans le répertoire opératique baroque, voilà donc une nouvelle preuve de ses aptitudes.

Je n'épiloguerai pas non plus sur Béatrice Uria-Monzon, honnie non sans raison pour sa diction qu'elle soigne pourtant davantage ces dernières années, mais qui dans un rôle aussi tendu pour un mezzo que Chimène, est structurellement mise à mal, même pour une bonne diseuse, j'imagine (faute d'avoir jamais entendu une Chimène de ce genre...).
Malgré le côté assez hurleur de son émission (les aigus flottants fortissimo avec gros vibrato, presque à la wagnérienne), j'avoue une certaine admiration de la voir ainsi surmonter toutes les difficultés de la partition, sans paraître le moins du monde mise à l'épreuve - alors que le rôle, comme celui de Rodrigue, n'est pas franchement confortable - voire, en ce qui concerne Chimène, assez mal écrit.

Enfin Robert Alagna, qui inaugurait ainsi son entrée dans l'univers des "forts ténors" (Samson est à venir, peut-être Sigurd) et ténors dramatiques italiens (Otello en préparation). Je craignais un peu l'effort que cela lui coûterait, lorsque la prise de rôle a été annoncée, il y a quelque chose comme trois ans, au plus fort de ses problèmes vocaux (attaques par paliers devenues énormes, témoin le - néanmoins magnifique - Faust d'Orange ou même le Fiesque de Lalo).
Depuis l'opération qui a libéré ses voies nasales (obstruées par une sorte de tumeur bénigne, si j'ai bien suivi), la voix est (re)devenue un peu plus métallique, moins de patine et de timbre, mais la liberté retrouvée est celle d'un rajeunissement de dix ans, à l'exception de la tierce aiguë qu'il n'a jamais eu facile et qui est désormais irrémédiablement blanchie.

Et son Cid est remarquablement facile : la robustesse du médium ne lui pose aucun problème, et les aigus nombreux, à défaut d'être beaux, sont négociés sans difficulté apparente. La qualité du français restant toujours aussi extraordinaire. Avoir un tel titulaire pour remettre au goût du jour un ouvrage négligé est une sacrée aubaine, et pas seulement en termes de notoriété !

Sur le chapitre des réserves, j'avoue avoir du mal à faire fusionner le comédien Alagna et ses effets d'histrion débonnaire avec la rigidité morale et la profondeur grave de Rodrigue... la question se pose fréquemment, mais elle est ici particulièrement criante, de façon un peu infortable quelquefois. Mais si l'on considère que BUM n'est pas non plus une Chimène-type et que Massenet et ses librettistes n'ont pas non plus écrit quelque chose qui rende justice à Corneille, on s'en accommode assez bien.

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6. La réponse à la question

Fallait-il donc le remonter ?

On a servi un ouvrage, malgré mes réserves de détail, d'excellente façon (pour la musique), avec un rôle-titre réputé indistribuable et servi au plus haut niveau. Il fallait le faire, pour redonner toute sa chance au Cid.

A l'arrivée, il en résulte qu'il s'agit bel et bien d'un ouvrage très mineur, pas inintéressant, mais assez médiocrement écrit et fort peu émouvant. Il fallait le tenter pour l'établir, et à présent on pourra le laisser reposer pendant quelque temps, qui à le remonter de loin en loin tous les vingt ans, comme un objet de curiosité, et bien qu'il soit moins méritant que bien des merveilles enfouies.
Au chapitre des Massenet ratés, Roma m'est bien plus sympathique dans sa nudité de Grand Opéra à la façon d'Halévy... (bien qu'ici aussi, on se passe assez bien de réécouter sa musique)

Mais je m'avoue très satisfait d'avoir eu l'opportunité de me faire un avis avec une partition bien servie. A défaut d'avoir envie de réécouter.

Il est assuré qu'une Lépreuse de Lazzari avec François Piolino aurait moins fait déplacer, évidemment...


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Commentaires

1. Le lundi 27 juin 2011 à , par Ouf1er

"Il est assuré qu'une Lépreuse de Lazzari avec François Piolino aurait moins fait déplacer, évidemment..."

J'adore la "morale" du billet !

2. Le lundi 27 juin 2011 à , par Guillaume

"les citations raciniennes sont à ce point tronquées"

Je ne savais pas que Racine avait écrit le Cid... :-D
On te pardonne, ça a dû être une habitude de frappe prise lorsque tu faisais ta série de notules sur Andromaque de Grétry. J'en profite pour te souffler une idée de notule : les opéras qui reprennent des oeuvres littéraires textuellement...

Guillaume

3. Le lundi 27 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

@ S.M.O.1. : Avoue que ça aurait été plus exaltant, non ?

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@ Guillaume :

Oui évidemment, oiseau de mauvais augure, c'est le raccourci habituel lorsque je parle d'Andromaque. ;)

Ces opéras fondés sur des textes prévus pour être "parlés" sont assez nombreux, en réalité : procédé assez à la mode au début du XXe siècle.

=> Andromaque de Racine par Grétry*
=> Szenen aus Goethes Faust de Schumann
=> Boris Godounov de Pouchkine par Moussorgsky*
=> Mozart et Salieri de Pouchkine par Rimsky-Korsakov
=> Pelléas & Mélisande de Maeterlinck par Debussy*
=> Salome de Wilde par Strauss*
=> Elektra de Hofmannsthal par Strauss*
=> Die Ersten Menschen de Borngräber par Stephan
=> Antar de Chekri Ganem par Dupont*
=> Sophie Arnould de Nigond par Pierné*
=> Wozzeck de Büchner par Berg
=> Wozzeck de Büchner par Gurlitt*
=> Cyrano de Rostand par Alfano*
=> Les Perses d'Eschyle par Prodromidès*

Liste absolument pas exhaustive, évidemment.

Que des oeuvres, au passage, que je vénère absolument - à part Rimsky, assez mineur, et à part Berg, mais pour des raisons d'inclination personnelle et non d'intérêt.
J'ai ajouté un astérisque à ceux dont il a été question sur CSS, si tu veux retrouver au cas par cas ce qui en a été dit.

Ariane et Barbe-Bleue a en revanche été conçu dès le début comme un livret par Maeterlinck - mais le livret préexistait à la décision de composition de Dukas !

4. Le lundi 27 juin 2011 à , par Guillaume

Un des seuls dont tu n'as pas parlé est (ce qui n'a aucun rapport avec Massenet en fait, mais bon) die Ersten Menschen de Stephan, que je viens justement d'acquérir (disque naïve de Radio France)...

5. Le lundi 27 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

Il fallait prendre CPO (Ronge + Nimsgern + Rickenbacher, sans parler de l'orchestre !), mais je suppose que tu voulais un bilingue français.

C'est une oeuvre considérable sur un livret fascinant : si je n'en ai jamais précisément parlé, c'est justement parce que la tâche me paraît si considérable... Mais c'est bel et bien une oeuvre majeure, à mon avis.

6. Le mercredi 29 juin 2011 à , par Ouf1er

"@ S.M.O.1. : Avoue que ça aurait été plus exaltant, non ? "

Sans aucun doute ! ;-))
Mais toujours pas aussi exaltant qu'un Cantegril avec Ludovic Tézier, ou qu'une Fille de Tabarin avec le même Alagna..... (je me contenterais même d'un Jean-François Borras !)

7. Le jeudi 30 juin 2011 à , par DavidLeMarrec

Par goût, je serais plus tenté par Borras que par Alagna, surtout pour ce genre d'ouvrage qui requiert une délicatesse de ton, une souplesse de phrasé... qui ne sont pas tout à fait dans le goût d'Alagna (son Gérald ne me ferait pas du tout rêver, par exemple).

Même chose pour Cantegril, pas besoin d'un baryton-Verdi pour ça : selon vers quoi on veut tirer son profil vocal, de Marc Callahan à Jean-Baptiste Dumora, en passant par des profils plus centraux comme Lécroart, il y a de quoi faire pour moins cher. Certes, ça suppose que le salle soit totalement vide. :)
Vu l'évolution de la voix de Tézier (un peu plus "grosse", légèrement élimée par l'usage), je le trouve moins adapté qu'autrefois au répertoire français.

8. Le samedi 2 juillet 2011 à , par Ouf1er

"Par goût..." : Entièrement d'accord.

"Même chose..." : Entièrement d'accord, également. J'avais pensé à Tézier pour la gouaille de son esprit "du Sud", mais tu as raison, l'évolution de sa voix ne va pas du tout dans le sens de cette oeuvre atypique. En même temps, je pense qu'il aurait totalement l'intelligence de ne pas chanter ça comme Simon Boccanegra, et y mettre plus de diction et d'esprit que de "grosse voix".

Finalement, tu ferais un pas mauvais directeur artistique d'une grande maison, toi ! ? ;-))

9. Le samedi 2 juillet 2011 à , par DavidLeMarrec

Concernant Tézier, oui, il peut être remarquable dans ce répertoire, son Etranger de d'Indy était très réussi. Mais cela convenait très bien à la retenue du personnage, issu de Brand (l'épisode de la traversée, à l'acte II chez Ibsen) : vaillant, mais quelque chose d'une distance, d'une froideur... Si bien que le personnage passe à côté du bonheur à force de retenue.

Pour Cantegril, je crois qu'on peut trouver un peu plus extraverti. Je ne demande pas forcément Leguérinel (encore que sa tessiture aujourd'hui doive assez se rapprocher du rôle...), mais Tézier n'est pas vraiment le profil le plus indiqué.

En revanche, aussi bien pour Alagna que Tézier, c'est un moyen de faire venir du monde, et donc de tirer les oeuvres hors de l'ombre. C'est plein, puis radiodiffusé, puis largement commenté, et souvent commercialisé en bout de course...

Finalement, tu ferais un pas mauvais directeur artistique d'une grande maison, toi ! ? ;-))

Si tu as une place pour moi, tu peux m'écrire. :)

Ca veut dire quoi, "finalement" ? >:-o

10. Le mardi 1 juillet 2014 à , par 5915961t

Eh bien, tout cela est fort sympathique et instructif, si vous me permettez. Merci de cette analyse, merci aussi pour les billets consécutifs.
(J'en retiens aussi qu'il n'y a pas de référence gravée en CD …)

11. Le mardi 1 juillet 2014 à , par DavidLeMarrec

Bonsoir 5915961t,

Je vous en prie, flattez-moi à volonté, vous avez ma bénédiction.

Effectivement, le seul CD, par Queler, est un beau petit massacre (stylistique, linguistique, théâtral...), et comme l'œuvre est déjà inégale, ce n'est vraiment pas lui rendre service que de la diffuser dans ces conditions.

La reprise de Marseille et à présent de Bastille permet au moins de redonner à l'œuvre la possibilité d'être entendue de façon équitable, voire favorable.

12. Le mardi 28 octobre 2014 à , par Sirakawa :: site

Je ne connaissais pas Le Cid de Masenet.
J'ai découvert la version de Marseille:
première fois: imp'ession d'entendre la musique écrite par un maitre d'école qui aurait bien appris sa leçon.
un faible pour la scène Chimène / Rodrique: un rien d'émotion;
un braVo pour le librettiste avec la scène avec les militaires froussards.

Pas trop choqué par les coupures par rapport à Corneille: il est très long très bavard et parfois asseaz proche d'un galimatias qui demande plusieurs lectures.

.

13. Le mardi 28 octobre 2014 à , par David Le Marrec

Bonjour Michel,

Je crois qu'on peut mettre au crédit de Massenet que la partition, quoique médiocre, n'est finalement pas académique, parce qu'elle a vraiment une couleur propre. Ensuite, je ne suis pas bien placé pour la défendre, après le mal que j'en ai dit.

Le problème avec les inclusions de Corneille, c'est qu'il se trouve ici mélangé avec d'autres éléments absolument pas compatibles — comme cette Chimène qui met quasiment ses tripes sur la table… Et puis à quoi bon emprunter la syntaxe classique si c'est pour la démembrer ? Je vois bien le problème (la syntaxe de Corneille est trop longue pour du drame chanté, il y avait une façon spécifique d'écrire, à l'ère classique, pour le théâtre musical), et je concède la tentation de faire des références… mais le résultat n'est pas vraiment rehaussé par ces emprunts bancals.

Effectivement, il y a quelques moments où surgit un petit quelque chose (notamment les deux airs de Rodrigue restés à la postérité non sans raison).

Merci pour ce témoignage !

14. Le mardi 28 octobre 2014 à , par Sirakawa :: site

J'ai mieux aimé la version Le Cid - Massenet (P.Domingo - E. Matos) 1999
Hypothèses (il faudrait disposer du livret pour vérifier):
Les vers de Corneille qui sont reproduits sont destinés à servir de repre au public de l'époque qui connaît le texte de Corneille et servent d'introduction à un texte librement inspiré plus facile à mettre en musique.
Ainsi les stances qui ne sont pas d'une accessiblité immédiate sont-elles juste signalées.

Quelques morceaux de bravoure sont reproduits (les lamentations de Don Diègue, par exemple) parce que la façon d'écrire pour ce type de voix se prête à ce genre de texte.

15. Le jeudi 30 octobre 2014 à , par David Le Marrec

Je ne vois pas bien de quoi il s'agit. Ça a été officiellement publié ?

Sinon, qui circule couramment en ligne, la vidéo de Marseille, qui était très bonne (à défaut de pouvoir tirer de l'œuvre plus qu'elle ne promet). BUM et Alagna ne sont pas des modèles de pudeur classique, mais vu que l'œuvre de Massenet ne sollicite pas trop ces aspects (pour rester aimable), ce n'est pas grand problème.

Oui, c'est cela, les vers originaux servent de clins d'œil au public, ce sont les moments que tout le monde a forcément entendu… C'est une bonne initiative, mais entre la déclamation molle (si encore il avait écrit ses récitatifs dans la veine du Roi de Lahore, ou même de Roma !), l'orientation générale du livret et les coupures et arrangements sauvages… il n'en reste plus grand'chose à part un argument publicitaire.

Les lamentations de Don Diègue sont mutilées, comme le reste. Les vers célèbres surnageant dans un brouet d'eau tiède (à la syntaxe douteuse, m'avait-il même semblé).

Mais je suis d'accord, il n'est techniquement pas vraiment possible de mettre le texte original en musique (sauf les Stances, bien sûr, mais qui pourra approcher la réussite de Charpentier là-dessus ?).

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